Marie Antoinette MOIANA - SEPULTURE en 1792

 

Chapelle funéraire Moiana à Auteuil

 

Rédigé en 1792, l’acte de décès de Marie Antoinette Moiana, fille de diamantaire, s’avère un document intéressant sur l’histoire du deuil et de l’intimité familiale à la fin du XVIIIe siècle. Ce document concerne l’une des familles de joailliers les plus discrètes de la place de Paris, mais la sépulture qui y est décrite échappe quelque peu aux normes et conventions régissant alors les inhumations ordinaires.

Une famille de diamantaires

La famille Moiana, diamantaires et joailliers à Paris, est l’une des plus méconnues mais aussi l’une des plus intéressantes qui soit, à commencer par le relevé de son état-civil. Ainsi en est-il du banquier Wolfgang Frédéric Faber, d’origine allemande, marié en 1786 à Marie Antoinette Moiana, d’origine autrichienne, pour laquelle il conçoit une passion édifiante. Ce négociant de confession luthérienne se convertit en effet au catholicisme afin de pouvoir épouser, quelques jours plus tard, sa dulcinée. Le mariage a lieu dans l’est de la France puis le couple s’installe définitivement à Paris et dans les environs. De l’union entre Frédéric Faber, âgé de 34 ans, et Marie Antoinette Moiana, alors âgée de 16 ans, naissent rapidement quatre enfants, mais la jeune épousée décède prématurément à Vincennes en 1792, à l’âge de 22 ans.

Un cercueil de plomb

Par sa sobriété et son originalité, son acte de décès offre dès lors un bel exemple des sensibilités et des passions telles qu’elles s’expriment à la fin du XVIIIe siècle : « Le neuf aoust 1792, Delle Marie Antoinette Moïana, native de Vienne en Autriche, épouse du sieur Wolfgang Frederic Faber, négociant à Paris, décédée le six du courant, en sa maison de campagne à Vincennes, a été déposée au cimetière de cette église, en attendant le transport qui doit en être fait, ledit corps déposé dans un cercueil de plomb, renfermé dans un coffre de bois de chêne ferré, et enterré vis-à-vis la fenêtre de la veuve Guillaume Milan, avec un baril également de plomb, où sont renfermées les entrailles de la deffunte. Le tout en présence des sieurs Auguste Osiander, négociant, Benoît Combs aussi négociant soussignés ». Malgré cette concision formelle, l’essentiel est dit sur la sépulture et la place honorifique qui est alors accordée à la défunte.

Une histoire de l’intimité

Décédée à la fleur de l’âge, Marie Antoinette Moiana ne semble pas avoir été victime d’épidémie, ainsi que l'atteste un rapide survol de l’état civil de Vincennes. Sa dépouille est simplement, sinon pieusement et précieusement conservée avant sa translation définitive à Paris, comme en témoigne l’acte précité. Illustrant l’histoire de l’intimité et du deuil, ce document exprime donc l’essor du sentiment familial au XVIIIe siècle ainsi que celui de la passion amoureuse, au sein des classes les plus fortunées. Dans la pratique, la conservation hermétique, à la fois hygiénique et coûteuse, du corps en deux parties, témoigne également du degré de fortune des protagonistes de cette histoire. Enfin, rédigé le 9 août 1792, le texte coïncide avec l’imminence de l’insurrection parisienne.

Un fait de société

Ce décès survient en effet au cours de l’une des phases décisives de la Révolution française, alors que le pays s’apprête à accomplir des actes et transgressions majeurs pour le cours son histoire, mais le document ne porte pas trace des agitations de la capitale. Notons toutefois que, s’appliquant originellement aux sépultures princières et généralement réservée à la noblesse, la pratique funéraire de conservation des corps est ici mise en œuvre par une nouvelle catégorie sociale, celle d’une élite financière dominante et restreinte. Ce transfert symbolique, à la fois cérémoniel et somptuaire, intervient alors que les icônes et l’incarnation de la royauté s’avèrent des plus contestés et l’appropriation de cet ancien modèle culturel procède dès lors d’une démarche décisive « transformant une cérémonie originairement de nature politique et dynastique en fait de société ».

Pluralité des axes de recherche

En dernier lieu et plus globalement, les événements révolutionnaires n’altèrent ni les destinées ni le parcours professionnel de la lignée Moiana. Au XIXe siècle, ces diamantaires maintiennent en effet leur emprise sur une clientèle fortunée et leur patronyme s’inscrit désormais au fronton d’une nouvelle chapelle funéraire : la chapelle Moiana, située au cimetière d’Auteuil à Paris. Au-delà de l’inhumation temporaire qui vient d’être évoquée, se profile donc l’espoir d'autres découvertes documentaires et la recherche se poursuit dans sa diversité. Relevant de pratiques propres à cette profession, s’ouvrent en effet les champs d’étude du luxe et de la sensibilité, mais aussi des rapports sociaux et de la haute finance, dans toute leur étendue et complexité. Une histoire à suivre, parsemée d’épisodes choisis pour leur éventuelle exemplarité.

E. PRACA

 

POUR EN SAVOIR PLUS

Généalogie de Marie Antoinette MOIANA en lien

https://gw.geneanet.org/perpraca3_w?lang=fr&n=moiana&nz=barbier&oc=0&ocz=1&p=marie+antoinette+machtilde&pz=antoine&type=fiche

Note sur un membre de famille alliée

http://edwige-praca.fr/index.php/societe/70-simeon-daudeville-courrier-gouvernemental