DOUCHES MUTUALISTES - BEZIERS - 1906

 

Plaque de l’Oeuvre biterroise de bains-douches - 1906

 

Au début du XXe siècle, refusant de limiter son action à la création d’organes administratifs, la mutualité biterroise se consacre notamment à la création d’œuvres sociales. Dans le cadre de son programme sanitaire, elle accorde dès lors une priorité à l'hygiène corporelle. En 1904, sous la présidence de Joseph Fabre, l’Union des sociétés mutualistes de la Ville de Béziers fonde ainsi des « douches mutualistes », dont un règlement date de 1906 : une étape vers l'adoption de cette pratique dans l'intimité familiale et domestique.

Jalons d'une histoire

Plusieurs étapes jalonnent en effet l'histoire de cet art. Son usage, relevant autrefois strictement de la sphère médicale, s'étend désormais à un public élargi par les soins de la mutualité. L'essor de la mutualité concernant au premier chef une population urbanisée, l'Union des sociétés mutualistes de la Ville de Béziers participe à son échelle au développement d'un hygiénisme urbain et collectif. Plus généralement dans l'histoire sanitaire, cette initiative est également le fait d'autres organismes ou collectivités.

Mode d’emploi de la douche

A Béziers, le règlement interne à l’œuvre ainsi conçue porte notamment sur la propreté des cabines, le bon état du matériel, la recommandation morale d'un comportement civique des usagers. L'emploi de la douche ne présentant pas de caractère courant, il apparaît en outre nécessaire d’expliquer le fonctionnement des douches aux premiers utilisateurs :

« Le bain-douche est une simple aspersion. L’eau chaude et froide arrive dans un mélangeur où, à la volonté de celui qui se baigne, la température s’élève ou s’abaisse. L’eau tombe en pluie de haut en bas sur le corps placé dans la position verticale : et, pendant cette chute, qui ne produit aucun saisissement, le baigneur se savonne énergiquement ».

Extension de l'art de la douche

Plus amplement et au-delà de ces consignes, ce mode d’emploi d'ordre très pratique concourt dès lors à la démocratisation de la douche. En dernier lieu, celle-ci pénètre en effet dans l’habitat des particuliers et dans la sphère privée grâce à l’aménagement des réseaux urbains d’eau potable. L’intervalle menant à ce stade s’étend toutefois sur plusieurs décennies, divers aléas freinant partiellement son processus de diffusion.

Ainsi à Perpignan au début des années 1950 et en période de pénurie de logements, certains élus préconisent-ils encore de construire des logements sociaux sans salle de bains. Les raisons avancées sont d'ordre financier, en raison du coût effectif des chantiers, mais aussi du caractère « luxueux » que représentent encore de tels projets, dans l'imaginaire et les mentalités.

Les "Trente glorieuses" font finalement disparaître les dernières réticences, et avec elles, l'ancien patrimoine sanitaire collectif. Mais en zone méridionale, la question du bon usage des ressources hydrauliques demeure à juste titre une constante et, sans aucun doute, l'histoire de la douche se trouve encore inachevée. 

E. PRACA

 

POUR EN SAVOIR PLUS

PRACA E. "La douche en Roussillon", in La Semaine du Roussillon du 10 au 16 août 2006, p.20

PRACA E. "Eau potable, eau précieuse", in La Semaine du Roussillon du 24 au 30 août 2006, p.20