Eugène PAMS - 1858-1932 - Responsable mutualiste

 


 

Président fondateur de l'Union départementale des mutuelles La Roussillonnaise, Eugène Pams décède fin 1932. Un article retraçant son parcours mutualiste et rédigé par son successeur, Pierre Pacouill, est publié dans le bulletin La Solidarité Roussillonnaise, organe de la Mutualité et des Assurances Sociales dans les Pyrénées-Orientales. Il résume ainsi trois décennies d'évolution de la prévoyance sanitaire et sociale dans ce département, de l'union mutualiste départementale fondée en 1900 par Eugène Pams aux premiers temps des Assurances sociales, rendues obligatoires en 1930.

E. PRACA

 

DOCUMENT - 1932

Article paru dans La Solidarité Roussillonnaise

"Eugène Pams"

 

« La figure la plus représentative du mouvement mutualiste roussillonnais vient de disparaître.

Eugène Pams, en effet, était de ceux qui s'identifient si complètement avec leur oeuvre que prononcer leur nom c'est évoquer aussitôt toute une création ou toute une époque : le nom de Pams restera à jamais inséparable de celui de la Roussillonnaise.

Dans cette ancienne famille aux ramifications multiples, aux activités si variées, on le distinguait justement par le titre dont il était le plus fier : Pams, le mutualiste !

Héritier, à ce point de vue, d'une longue tradition de dévouement aux oeuvres de prévoyance, son activité dans ce domaine était pour lui comme une forme de piété filiale.

Son père avait fondé, en effet, cette Fraternelle de Port-Vendres dont Eugène Pams, même après qu'il eut cessé d'en être à son tour le président, suivit toujours les destinées avec l’attention la plus affectueuse. Ainsi père et fils représentaient près d'un siècle d'action mutualiste et qui écrira l'histoire de notre mouvement dans les Pyrénées-Orientales devra graver au frontispice le nom des Pams !

Dévouement, désintéressement, probité : ses vertus de base du mutualiste, Eugène Pams avait sa manière à lui de les porter et sa manière était élégance, distinction et tact. On peut dire qu'il ennoblissait, ou mieux encore si on peut employer ce mot, qu'il aristocratisait l'âme mutualiste. C'est là sans doute le secret de l'immense autorité morale dont il jouissait dans le département.

Ayant de longues années administré sa Société de Port-Vendres, fort de cette expérience acquise dans cette tâche si souvent délicate du dirigeant local, il conçut de grouper les sociétés du département en une Union qui devait, à ses yeux, non seulement constituer un lien moral entre elles, mais leur permettre de réaliser ce qui est difficile ou impossible sur le plan local.

La Roussillonnaise était née ! L'équipe de ses fondateurs se mit courageusement à la besogne. Nous disons l'équipe, car ce n'est pas diminuer le mérite d'Eugène Pams que de rappeler, à cette occasion, les noms des collaborateurs dont il avait su s'entourer : les Nogué, les Alliès, les Traversac, les Eugène Bardou, les Donnezan, les Vergès de Ricaudy vécurent autour du Président-Fondateur des heures aussi fiévreuses que celles que nous avons vécues à notre tour entre 1920 et 1930.

Mêmes préoccupations, même travail de propagande et d'organisation, même effort tendu vers la création d'oeuvres à grand rayon et à effectifs puissants ! C'est, bien avant 1910, la bataille des retraites ouvrières et paysannes d’où sort notre caisse autonome mutualistes de retraites, c'est la couverture de risques de plus en plus étendus, c'est la lutte contre les fléaux sociaux : mortalité infantile, taudis, tuberculose : tout ce que nous élaborons péniblement, nos prédécesseurs l’avaient envisagé, étudié et bientôt mis sur pied.

Eugène Pams dirigeait et coordonnait tous ces efforts, apportant, avec la discrétion qui lui était coutumière, des suggestions pleines de ce sens des réalités qu'il puisait dans les multiples formes de son activité.

Pendant la guerre, Pams, naturellement ennemi des oeuvres de mort et de destruction, se consacra au ravitaillement de la population civile des Pyrénées-Orientales. Il le fit avec un tel bonheur que, plus d'une fois, les départements voisins furent contraints d'avoir recours à lui.

Puis vint la deuxième période héroïque de la Roussillonnaise. Tous les problèmes se posaient à la fois et avec une acuité plus grande : la législation des Assurances sociales s'élaborait, offrant à la mutualité des perspectives alternées de régénération ou d'écrasement. Il fallut non seulement suivre les fluctuations des textes législatifs, mais à chacune de leurs variations, prévoir une adaptation nouvelle de nos Sociétés.

Eugène Pams, toujours animé de la même fois mutualiste, assura la liaison entre ces deux périodes que séparait le trou de 1914. Entourée d'hommes nouveaux pour la plupart, il sut s'imposer à eux, non par le prestige du titre, mais par l'affabilité, la tolérance, la largeur d'esprit, autant que par son intelligence des situations. Il sut aussi, et ce fut sans doute sa plus grande force, manifester une confiance absolue à ceux de ses collaborateurs immédiats dont il voyait et encourageait le labeur acharné.

Aux heures périlleuses, Eugène Pams prit courageusement sa part de responsabilité, bien qu'il eût prévu et signalé depuis longtemps les dangers auxquels nous exposait une conception trop généreuse du rôle de la mutualité dans les Assurances sociales.

On le voit, c'est toute l'histoire de la Roussillonnaise qu'il faudrait retracer en détail si l'on veut parler de la vie de son fondateur.

Contentons-nous d'évoquer cette bataille de 1930 où Eugène Pams, pris entre son devoir de chef et des sentiments infiniment respectables, fit vraiment preuve d'un courage civique de la plus haute qualité.

C'est dans ces conflits de devoir que se révèle la trempe des âmes : chaque fois Eugène Pams opta pour le devoir mutualiste !

Plus heureux que la plupart de ses camarades du début, il a pu voir son oeuvre se fixer solidement en terre catalane, se développer, puis s'épanouir en une magnifique floraison de bienfaits sociaux.

Certes, la rafale a secoué plus d'une fois le vaisseau mutualiste. Mais Pams, qui, fier de ses origines maritimes, puisait volontiers ses métaphores dans le langage de la mer, avait toujours tenu ferme à la barre !

Aujourd'hui, notre pavillon est en berne ! Tous les mutualistes du département pleurent leur chef ! Mais la direction et l'impulsion sont données.

Eugène Pams est mort, mais il vivra dans nos mémoires parce que, tant qu'il y aura du bien à faire autour de soi, c'est à son exemple qu'invinciblement il faudra se reporter ».

Pierre PACOUILL.

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BIBLIOGRAPHIE

PACOUILL Pierre, "Eugène Pams", La Solidarité Roussillonnaise, Organe de la Mutualité et des Assurances Sociales, 2e année, n°21, octobre-novembre 1932.

PRACA Edwige, Les sociétés de secours mutuels et leur union dans les Pyrénées-Orientales, an 2000, p.90-91-119-120-143.

POUR EN SAVOIR PLUS

PRACA Edwige, Chambre de commerce de Perpignan - Années 1920, rubrique Economie.

PRACA Edwige, Eugène Pams - Obsèques - 1932, rubrique Société.

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