Siméon DAUDEVILLE - Courrier gouvernemental

 

 

 

Siméon Daudeville, courrier gouvernemental, disparaît discrètement vers 1813 en terre de Saxe, au cours des calamiteuses campagnes napoléoniennes. Le peu d’indices laissés par  son histoire témoigne cependant qu’il est passé d’une vie bien réglée à la Cour de Versailles, à une disparition obscure dans les méandres et revers de l’histoire militaire. Le basculement de son existence transparaît dans son état-civil puis dans une brève correspondance, rédigée peu de temps avant sa disparition.

A la Cour de Versailles

Sous le règne de Louis XVI, Siméon Daudeville semble mener une existence satisfaisante. Répertorié comme « Bourgeois de Versailles », il appartient en effet à la vaste nébuleuse formée par la Cour, et gravite parmi le personnel proche du pouvoir royal. Ainsi en témoigne son réseau d’alliances, perceptible à travers les actes de baptême de ses enfants. L’une de ses filles, Joséphine Louise, née à Versailles en 1781, a en effet pour parrain un perruquier du comte de Vergennes et pour marraine, la fille du « Doyen des perruquiers ». En 1785, son fils Pierre Auguste a pour parrain ce même perruquier, par ailleurs mentionné pensionnaire du duc de Berry et également bourgeois de Versailles. En 1787 enfin, la marraine de son autre fils, Siméon Narcisse, est l’épouse du « Grand Valet en pied du Roi ».

Sous la Révolution

Si ces indices donnent à penser à une vie bien réglée, un autre aspect de son existence se révèle à la période révolutionnaire : on trouve cette fois Siméon Daudeville circulant comme courrier royal vers l’est de l’Europe. Mention en est faite dans un remboursement de frais, établi pour un « Voyage du sieur Daudeville, de Paris à Vienne avec retour ». De fait, fin 1791, le Trésor royal est chargé de lui rembourser au comptant « la somme de deux mille quatre cent huit livres, pour être allé en poste et pour mon service, de Paris à Vienne, par Nancy, Strasbourg et Munich, et pour être revenu de Vienne à Paris par la même route, compris le remboursement tant des frais de postes royales, que de ceux du séjour dudit courrier à Vienne ». Simon Daudeville apparaît ainsi comme courrier en service commandé pour le roi, dans un périple qui se déroule en mars 1791. C’est toutefois l’Assemblée législative qui enregistre l’ordre de facturation en cette fin d’année.

Courrier napoléonien

Par la suite, Siméon Daudeville poursuit son activité malgré les ébranlements de la vie politique. En tout état de cause, au tournant de l’époque napoléonienne, le changement de gouvernement ne réduit pas la circulation du courrier mais au contraire en renforce l’organisation. Selon l’histoire postale, sous l'Ancien Régime existaient les "chevaucheurs de l'écurie du roy", remplacés en 1803 par les "courriers du gouvernement". C’est à cette catégorie que semble désormais se rattacher l’ancien Bourgeois de Versailles : "M. Daudeville, courrier français, a passé avant-hier par [Francfort], venant de Paris, et se rendant par Berlin à St Pétersbourg, avec des dépêches" indique la presse. Cette mission lointaine semble suffisamment importante pour être citée en première page du Journal des Débats, le 17 mai 1803.

La fin de l’époque napoléonienne

Enfin, dix ans plus tard, Siméon Daudeville évoque lui-même les conditions de la débâcle militaire. En avril 1812, celui-ci part en effet comme « courrier de la Malle militaire en service à la Grande armée du Nord ». Sa correspondance témoigne à nouveau de son périple, mais aussi des difficultés de circulation qu’il rencontre. Dans une lettre rédigée à Mayence le 30 avril 1812, il annonce ainsi son arrivée « sans accident » dans cette ville, où il s’empresse toutefois de récupérer la voiture qu’il y avait laissée : « j’ay été assée contan de la retrouver attendu que l’administration qui étes a Berlin, na poin encore tous les voiture nessecaire et que seus qui nont poin de voiture a eut sont obligé dent acheté ou il ne font poin de courses »... Par nécessité logistique, son directeur lui fait obtenir des chevaux de réquisition, le vivre et le logement jusqu’à Berlin, à condition d’emmener avec lui un autre directeur des postes.

Une dégradation durement ressentie

Trois mois plus tard, le 20 juillet 1812 à Gumbinnen, la situation s’est dégradée et Daudeville, ironie de l’histoire, fait part de son mécontentement dans son courrier personnel. En termes vifs, il annonce ainsi qu’il a fait cinq courses mal payées « et notre administration ne paye poin ; il vous font des bon, et il nous vol comme dans un bois, de fason que quand il faut partire, lon ce dispute a qui ne partira poin ». Témoignant de la dégradation financière et matérielle de son service, Siméon dépeint la misère des courriers, à laquelle s'ajoute celle des chevaux. Ceux-ci « ne mange[nt] que du sègle vert qui épuise leurs force et trainne[nt] de fardeux énorme dans les sable qui les fait tous crevée ». Après son départ de Wilna, une autre lettre datée du 7 mars 1813 le montre encore à Leipzig, très préoccupé par la condition financière de sa famille, « vu qu’on ne paie ni leurs appointements ni leurs courses ».

Disparition annoncée

Enfin, selon la même lettre de mars 1813, une ultime menace pèse cette fois directement sur sa sécurité et sur sa vie. Son groupe risque en effet d’être pris « par les Cosaq russes » qui le poursuivent : « l’on dit que nous devont restée quelque tems a Eerfurt en Sax et nous ne seron plus que quarant lieu de Mayance [...]. Nous avont fait tous une bien mauvais campagne : nous avont autant a crindre des Prusien que des russe, il cris dans les rue quille faut tué jusque aux dernier français ». Cette crainte s’avère fondée. Lors de son mariage en mai 1813, son fils Pierre Auguste annonce en effet qu’il est désormais sans nouvelles de son père, parti avec la grande armée du Nord depuis plus d’un an. Lors de son mariage en 1827, sa fille Marie Victoire confirme à son tour que Siméon Daudeville est déclaré « sans domicile connu » depuis environ treize ans, scellant ainsi sa disparition dans l’Europe en guerre de 1813.

Conclusion

Si les détails de sa disparition s’avèrent méconnus et sont sans doute liés aux batailles de Leipzig, cette brève biographie d’un courrier gouvernemental l’inscrit dans l’histoire, ce malgré le faible volume des sources. Elle témoigne également d’une période historique fertile en soubresauts qui, par leurs césures mêmes, font aisément écho à notre mémoire. Ajoutons enfin qu’en 1813, le destin a épargné Pierre Auguste Daudeville fils, qui était lui-même « courrier des postes militaires du royaume de Westphalie ». On le retrouve ensuite tapissier à Paris, tournant la page de cet épisode douloureux. Et pour l’historien et la descendance, l’espoir subsiste néanmoins d’autres données mettant en lumière, et l’existence nomade de Siméon Daudeville, et le contenu de ses dépêches.

E. PRACA

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REMERCIEMENTS

Par Siméon (+1813) et Siméon Narcisse (1788-1853), la saga DAUDEVILLE offre un panaroma historique intéressant - Aussi nos remerciements vont-ils à Françoise DAUDEVILLE, qui nous a fait connaître une autre branche de la famille, celle de Joséphine Louise DAUDEVILLE (1781-1849), dont elle est la descendante directe.

POUR EN SAVOIR PLUS

Généalogie de Siméon DAUDEVILLE en lien :

https://gw.geneanet.org/perpraca3_wi=1081&lang=fr&n=daudeville&oc=0&p=simeon&type=fiche

Bataille de Leipzig en lien : https://fr.wikipedia.org/wiki/Bataille_de_Leipzig_(1813)