Opoul et la quête de l’eau en 1929

 

Opoul - Quête de l'eau à la baguette de sourcier

 Opoul - Quête de l'eau à la baguette de sourcier

 

En avril 1929, la mairie d’Opoul fait appel au géologue et sourcier Octave Mengel pour donner son avis sur une recherche effectuée par trois autres sourciers en vue de l’alimentation en eau potable de la commune. D’après ses connaissances en géologie, O. Mengel conclut à l’impossibilité  de trouver de l’eau sur les points indiqués par les autres sourciers. Il énonce qu’il faudrait descendre à environ 150 mètres de profondeur, c'est-à-dire jusqu’au substrat « argileux triasique », pour découvrir l’eau nécessaire à la commune.

En conséquence et à la suite de cette déclaration, la quête de l’eau semble momentanément interrompue dans ce village des Corbières. De fait, progressivement réduit à l’état de hameau en raison de cette pénurie, Opoul ne se dote qu’en 1958 « d’un réseau d’eau potable alimenté par un forage situé au niveau de la plaine sur la commune de Salses ». Il faut attendre les années 1990 pour que la commune soit correctement alimentée en eau par une nappe aquifère découverte sur son territoire, à 300 m. de profondeur.

Le document ci-dessous reproduit l'opinion d'Octave Mengel, mentionnant l’impossibilité de trouver de l’eau dans le village en suivant les indications erronées des sourciers (1929). On notera la présence d'un membre du clergé, figurant parmi les sourciers ainsi que cette "activité" assumée par Octave Mengel lui-même,  qui déclare accorder toutefois dans le même temps, sa totale confiance dans la discipline scientifique que représente la géologie.

En définitive, les échecs initiaux laissent un temps des traces dans le vocabulaire et dans la mémoire collective : la longue quête de l’eau donne tout d’abord à Opoul le surnom de « village de la soif ». A l'inverse désormais, depuis la réussite du dernier forage, une fête de l’eau est organisée annuellement dans la commune.

Edwige PRACA 

 

DOCUMENT

Une preuve négative

 

« En avril 1929, le même géologue [Octave Mengel] est appelé par le maire de la commune d’Opoul (Pyr.-Or.), pour juger d’une recherche faite en vue de l’alimentation en eau potable de la localité. On le met en présence d’un puits de 14 mètres, au fond duquel il n’aperçoit aucune trace d’eau. L’emplacement avait été indiqué successivement par trois sourciers, dont l’un appartenait à la Société de recherches d’eau G. et L. (l’abbé L. n’était pas encore l’éminence radiesthésiste qu’il est devenu depuis).

Le géologue conclut à l’impossibilité de trouver l’eau par ce puits ouvert dans les marnes et calcaires diaclasés et faillés de l’urgo-aptien, à moins de descendre à environ 150 mètres, jusqu’au substratum argileux triasique.

Le maire indique alors, à une quarantaine de mètres de là, l’emplacement d’un courant révélé par deux des sourciers précités, mais toujours dans les mêmes calcaires ; le géologue sourcier, poussé par la curiosité, explora la zone indiquée. A son grand étonnement, la baguette réagit violemment. Il se hâta néanmoins de dissuader le maire de faire creuser un nouveau puits qui, certainement, serait aussi stérile que le premier. Il paraît vraisemblable qu’ici le mouvement de la baguette est dû à une discontinuité souterraine, une cavité en relation avec un « barranc » dans lequel s’engouffrent les eaux de pluie du plateau pour descendre aussitôt vers les résurgences bien connues du bord de l’étang de Salses.

La baguette avait menti entre les mains des sourciers, malgré l’emploi de témoins. Elle aurait certainement menti à nouveau entre celles du géologue s’il avait douté de la géologie ».

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BIBLIOGRAPHIE

Extrait de : MENGEL O., « Nouvelles réflexions sur l’emploi de la « Baguette » dans les Recherches d’eau. Communication faite au Congrès d’Oujda, 20 mai 1936 », tiré à part de Lo Mestre d’Obres, Organe des Architectes du département des Pyrénées-Orientales, n°23, mai-juin 1936, Perpignan, Imprimerie de l’Indépendant, 1936, p. 5.