Jules FRANCOIS (1808-1890) et l’hôpital thermal d’Amélie-les-Bains

 

 

Hôpital thermal d'Amélie-les-Bains - Cliché La Semaine du Roussillon

 

Ingénieur des mines, Jules François collabore au tournant des années 1850 à la création de l’hôpital thermal militaire d’Amélie-les-Bains. En termes d’exploitation hydrominérale, la réalisation d’Amélie est considérée comme l’organisation thermale la plus importante de son époque, participant à l’essor du thermalisme en France. La création du vaste hôpital thermal d’Amélie-les-Bains précède de fait celle de l’hôpital thermal de Vichy, dont les services hydrologiques sont installés par le même ingénieur à compter de 1855.

Industrie minière et thermalisme

Né en 1808 à Bar-le-Duc (Meuse), Jules François et le fils de Nicolas François, boulanger et de Claire Catherine Rouyer. Polytechnicien issu de la promotion 1828, élève à l’Ecole des Mines de 1830 à 1833, il est nommé au corps des mines l’année suivante. Débutant son service dans l’Ariège, il s’occupe notamment des questions relatives à l’exploitation des mines de fer de Rancié. Ingénieur des mines pour l’Ariège, l’Aude et les Pyrénées-Orientales (1834-1843), il devient membre de la Société Agricole, Scientifique et Littéraire des Pyrénées-Orientales à compter de 1841. Elevé au grade de chevalier de la légion d’honneur en 1842, il publie l’année suivante un volume illustré intitulé Recherches sur le gisement et le traitement des minerais de fer dans les Pyrénées.

Surtout, Jules François s’intéresse au captage des sources d’eaux minérales et y applique des procédés novateurs, en combinant les règles de l’hydraulique à celles de l’extraction minière. Ses procédés, permettant une augmentation des débits et des volumes d’eau disponibles, sont appliqués à compter de 1837 aux eaux de Luchon puis en Ariège. Chargé de nombreuses missions dans la chaîne des Pyrénées jusqu’à Amélie-les-Bains, il est de 1843 à 1856 attaché au Département Agriculture et commerce, chargé d’un service spécial concernant l’amélioration des eaux minérales, c'est-à-dire des sources et des bains. C’est ainsi qu’à Amélie-les-Bains (Pyrénées-Orientales), il collabore à la création des thermes militaires.

Pionnier des thermes militaires d’Amélie-les-Bains

A Amélie, sous l’impulsion du comte de Castellane, dès le 5 mars 1841, sont présentées des études pour la création d’un hôpital militaire de 400 à 500 lits. Castellane pose la première pierre le 3 octobre 1847 et l’hôpital, situé au cœur d’un parc, est ouvert le 1er juillet 1854, sur une étendue de 6 hectares. Les pavillons sont élevés au fur et à mesure : grand pavillon central (1848-1850), pavillon de l’administration (1852-1853), pavillon des officiers (1854-1856), chapelle (1857-1858). Oeuvre de la section du Génie du ministère de la guerre, cet hôpital modèle, conçu autour d’un jardin intérieur, est édifié par les capitaines Puiggari, Bailly et Juge, avec la collaboration de Jules François.

Pour sa partie balnéaire en effet, le projet de l’hôpital militaire (1849-1850) a été porté par l’ingénieur des mines et la partie thermale est édifiée avec sa collaboration (1851-1853). Celle-ci offre deux sections, l’une réservée aux officiers, l’autre aux sous-officiers et aux soldats. Jules François est donc auteur, avec l’ingénieur en chef des ponts et chaussées P. Conte-Grandchamp, du plan d’un vaste projet d’établissement thermal à Amélie-les-Bains. Ce projet est soutenu par la préfecture et le conseil général des Pyrénées-Orientales. Le plan en est transmis à l’exposition de Londres de 1862, et le résultat publié dans la Gazette des Eaux n°224.

Inspecteur général des mines chargé des eaux minérales

Nommé ingénieur en chef en 1848, Jules François devient inspecteur général des mines chargé du service des eaux minérales en 1866, après le rattachement définitif de ce service au corps des mines (1854). Promu officier de la Légion d’honneur en 1859, il est chargé de la division minéralogique du Sud-Est en 1868. Domicilié à Paris lors de la guerre de 1870, il accède au grade le plus élevé du corps des mines, celui d'inspecteur général de première classe, en juin 1872.

Auteur de nombreuses publications sur les eaux minérales, Jules François est rédacteur de rapports du jury international à l'exposition universelle dès 1867. En 1876, il est désigné comme membre du jury d'admission à l'exposition universelle de 1878 ; dans l’intervalle, il est chargé de présider la commission chargée d'organiser l'exposition spéciale des eaux minérales françaises (1877). Désigné comme membre du jury international des récompenses à l'exposition de 1878, il est admis à la retraite cette même année, à l’âge de 70 ans. 

Double identité du thermalisme roussillonnais : un modèle

En 1880, un jugement du tribunal de Bar-le-Duc, autorise Jules François s’appeler dorénavant François de Neufchâteau. Ce décret s’étend à son fils, Paul-Jean-Georges, ingénieur civil, né en 1846 à Carcassonne (Aude), et à sa fille, Thérèse-Marguerite-Eléonore, née en 1850 en cette même ville. Ce patronyme rend ainsi hommage à un scientifique lorrain du siècle des Lumières, Nicolas François de Neufchâteau (1750-1828).

De fait, Jules François, devenu célèbre, figure comme un acteur essentiel dans son secteur d’activité. Au terme des années 1840, par la multiplication des sources et leur exploitation à grande échelle, il favorise le passage du thermalisme romantique à celui de l’ère industrielle et en fait disparaître le caractère artisanal. Promoteur de l’industrie thermale en France, il est considéré comme un pionnier du thermalisme contemporain.

Localement toutefois, l’édification de l’hôpital militaire d’Amélie-les-Bains rencontre l’opposition du docteur Pujade, également propriétaire de thermes. Partisan d’une méthode plus subtile de l’utilisation des eaux, celui-ci défend son point de vue dans un superbe album intitulé « Album de la station thermo-hyémale du docteur Pujade », édité à Perpignan en 1863. Sa conception du thermalisme n’entrave toutefois pas la carrière de Jules François qui, soutenant un nombre croissant de projets, est ensuite concepteur de la partie thermale de l’hôpital militaire de Vichy (1855).

En définitive, à compter du XIXe siècle, le Roussillon connaît deux méthodes d’exploitation des eaux, dont l’influence perdure encore actuellement. L’une, qualitative, est incarnée par le docteur Pujade, partisan d’un régime thérapeutique fondé sur le dosage fin, privilégiant les vertus particulières des eaux. L’autre, quantitative et soulignant la nécessité de leur abondance, est incarnée par Jules François, ingénieur des mines et hydraulicien, décédé à Biarritz en 1890. Depuis la chaîne des Pyrénées se diffuse donc un modèle thermal fondé sur cette dualité, fondant dès lors l’identité du thermalisme français.

Edwige PRACA

 

Bibliographie

ARTIGUES Philippe, Amélie-les-Bains, son climat et ses thermes, Paris, 1864.

Ecole Polytechnique, Livre du Centenaire, tome III, 1897.

Ville d’Amélie-les-Bains, Palalda, Montalba, Amélie-les Bains. Palalada. Montalba, 1983.

JARRASSE Dominique, Les thermes romantiques. Bains et villégiatures en France de 1800 à 1850, Université Blaise Pascal, Clermont II, 1992.

BECKER Philippe, « Amélie-les-Bains : le nouveau centre thermoludique se précise », La Semaine du Roussillon, 25-9-2012.