Villa BERTHE au VESINET - ORIGINE des PROPRIETES

 

 

Que sait-on des premiers propriétaires de la villa Berthe, encore appelée la Hublotière ? Conçue au Vésinet par l’architecte Hector Guimard , son premier propriétaire est Lucien Marie Noguès (1845-1902), suivi au début du XXe siècle par Casimir Lorin (1862-1922). L’état-civil apporte à leur sujet quelques éléments d’information, d’ordre à la fois familial et professionnel. Ceux-ci éclairent avec pertinence la fondation de cette villa, emblématique des débuts de l’Art Nouveau.

Origines familiales de Lucien Noguès


Fils de négociant, Lucien Marie Noguès naît le 1er juin 1845 à Saint-Denis, sur l’île de la Réunion. Il est le fils d’Auguste Marie Noguès et de Marie Amélie Bédier, et ses ancêtres sont originaires de Bretagne. Arrivé en France à une date restant à préciser, il est mentionné comme courtier en marchandises et propriétaire à Nantes au tournant des années 1870. En 1869, il a épousé dans cette ville Palmyre Anne Benoist (1850-1878), issue d’une famille de notables de Pornic, en Loire Atlantique. De cette union naissent à Nantes une fille et un fils, Palmyre Marie et André Noguès, nés en 1871 et 1872, puis la famille quitte la façade atlantique pour rejoindre Paris.

C’est à Paris que décèdent en 1878 le fils et l’épouse de Lucien Noguès, âgée de 27 ans. Le couple est alors localisé rue des Ecuries d’Artois, dans le huitième arrondissement, et Lucien Noguès y est mentionné comme « employé », sans autre précision. Demeuré veuf, il épouse ensuite en secondes noces, une demoiselle Agathe Chassang. Le mariage a lieu en 1884, cette fois dans le seizième arrondissement de Paris. Le marié est domicilié 37 avenue de Friedland et la mariée demeure pour sa part 109 rue de Longchamp et précédemment 74 bd Malesherbes.

A ce stade de l’enquête, la référence à la rue de Longchamp et à la proximité de l’hippodrome n’est pas anodine. De fait, lors de son second mariage, Lucien Noguès apparaît cette fois comme « directeur du Salon des Courses », organisme fondé en 1861 et chargé depuis cette date, des transactions liées aux courses de chevaux. C’est donc dans le cadre de la société huppée de la capitale que s’organise désormais son existence. Son ancrage demeure parisien jusqu’à son décès en 1902, mais à compter des années 1880, Lucien Noguès partage également son temps entre Paris et la commune du Vésinet.

Villas du Vésinet

A l’identique et par ses avantages, le choix du Vésinet comme lieu de villégiature n’est pas anodin. De fait, depuis 1866 la commune bénéficie à son tour d’un champ de courses, dont le circuit est établi autour d’un lac simplement désigné sous le nom de « lac du Champ de Courses ». Des constructions nouvelles accompagnent l’essor et l’aménagement urbain et Lucien Noguès en apparaît comme l’un des nouveaux résidants. Sa fille Palmyre, issue de son premier mariage, y décède à son tour en 1889, à l’âge de 17 ans.

Plus précisément, Lucien Noguès est cette fois mentionné comme rentier à la Villa Jeanne, située allée d’Isly, où survient le décès. Allée nouvelle, l’allée d’Isly n’est pas encore répertoriée dans le recensement communal de 1886, mais elle apparaît dans celui de 1891. Simple à repérer, elle se distingue par la présence d’une seule et unique maison d’habitation. Bien que recensée sans appellation, il s’agit sans aucun doute de la villa Jeanne. Lors du recensement, cette maison neuve ne porte pas mention de la famille Noguès, mais elle est alors occupée par la famille d’un jardinier et leurs deux enfants.

En dernier lieu, un dénommé « Noguès » est également commanditaire de la villa dite La Hublotière au Vésinet. Edifiée selon l’historiographie en 1896, la villa de la Hublotière est la première villa conçue par l’architecte Hector Guimard dans un style Art Nouveau. L’artiste y adopte alors un vocabulaire et un style architectural personnels plus tard désignés sous le nom de « style Guimard ». Pour leur part, les données d’état-civil précisent l’identité du premier propriétaire, Lucien Noguès, proche à la fois des milieux financiers et dilettantes de la capitale. Celui-ci réside également dans le seizième arrondissement de Paris où, dans le même temps, Hector Guimard mène un autre grand chantier de référence : celui de l’immeuble Fournier.

Origine des appellations

Finalement, comment expliquer la double appellation - "La Hublotière" et "Villa Berthe" - de cette villa emblématique de l'Art Nouveau ? En termes chronologiques, Lucien Noguès profite peu de sa propriété : il décède en effet en 1902 au Vésinet. En termes d’expression artistique, l’appellation contemporaine de la Hublotière découle logiquement de ses soupiraux circulaires en forme de hublots ; mais au-delà de ce truisme, se révèle inconsciemment le fil conducteur de la mémoire rétrospective et collective.

Historiquement, marquant une convergence de pensée entre le commanditaire et le concepteur de l’oeuvre, les rondeurs de la villa rappellent en effet l’ancrage nantais de la famille Noguès et sa vocation maritime. A titre d’exemple, parmi les membres de la famille figurent un capitaine au long cours et un médecin chef de la Marine. Domicilié à Nantes, Mathurin Jean Noury, le médecin précité, également officier de la Légion d’honneur, est d’ailleurs l’un des déclarants au décès de son beau-frère.

Enfin, l’édifice est également connu sous le nom de villa Berthe. De fait, c’est après le décès de Lucien Noguès que la villa endosse cette nouvelle identité. Cette évolution doit être attribuée à un changement de propriétaire. En effet, l’état civil et le recensement du Vésinet font ensuite apparaître à la villa, Casimir Lorin, son épouse et leur fille Hélène, ainsi que deux domestiques. Mentionnés en 1906, ceux-ci sont encore répertoriés à la villa en 1911. La nouvelle appellation se rapporte dès lors à Berthe Lorin, née Jullin, épouse du négociant Casimir Lorin.

En 1911, leur descendante Hélène Lorin épouse à son tour Victor Lamy, l’un des membres de la famille Thibouville-Lamy, célèbre dynastie de fabricants d’instruments de musique. Mais selon l’expression consacrée, cet événement relève alors d’une autre histoire et sur l’axe temporel et démonstratif, la page éclairant la fondation de la villa Berthe est désormais tournée. 

Edwige PRACA



 

SOURCES et GENEALOGIE

Sources d'état-civil et généalogie par E. PRACA en lien sur Geneanet : Cliquer sur les patronymes en gras dans le texte.

POUR EN SAVOIR PLUS

Iconographie et lien - Cliquer sur :

La Hublotière - Villa Berthe - La Hublotière, villa Art Nouveau au Vésinet

Hector Guimard - Le Cercle Guimard

Ci-dessus : silhouette de Lucien Noguès, directeur du salon des courses, croquée dans Le Figaro, Supplément littéraire du dimanche, paru sur le thème : "Le Grand Prix de Paris", 8-6-1879.