Le Mas VERMEIL à Perpignan - Origine d'un nom de domaine agricole

 

En 1810, Emmanuel Bonafos, docteur en médecine à Perpignan, propriétaire du Mas Vermeil, établit un bail des terres attenantes avec un nouveau fermier. Emmanuel Bonafos (1774-1856) est alors un important citoyen de la ville de Perpignan, également considéré comme un éminent agronome, botaniste et pépiniériste local.

Satellite de l'habitat urbain de Perpignan, le Mas Vermeil est situé sur les terres agricoles de Perpignan et de Cabestany. Le bail renseigne sur la mise en culture de ses terres. A cette époque, celles-ci sont cultivées en céréales, vignes et olivettes, auxquelles s’ajoutent des fèves et des pois servant à l’alimentation du personnel. Une partie des terres sera ensemencée au profit du nouveau locataire en trèfles et en lupins destinés à la nourriture du bétail ; elle produit déjà de la luzerne. 

Enfin, ce document témoigne de l’origine du nom du Mas Vermeil. La métairie alors dite « Lo mas Vermell » tire son nom d’une famille, celle des Vermell, dont trois membres sont alors cités : François et Marie Jaubert-Vermell, décédés, ainsi que Jean-Baptiste Vermell, fermier en cours de la métairie. Ce document fait ainsi référence à un précédent bail à ferme passé en 1806 entre ces parties. Antérieurement à cette période, le patronyme Vermell était déjà recensé dans les communes de Perpignan et d'Estagel au XVIIe siècle. 

Du patronyme Vermell au toponyme Vermeil

En 1810, le bail du Mas Vermeil est nouvellement établi au profit de Michel Bolte, alors fermier d’un domaine agricole dans la commune de Ponteilla. Jusqu’à nos jours, le mas Vermeil, dont les terres ont été partiellement loties, conserve toutefois son nom d’origine, lié à ses occupants des XVIIIe-début XIXe siècles.

Le toponyme "Mas Vermeil" est donc issu de la francisation d'un nom de famille, famille dont l'importance historique mériterait d'être précisée. La mémoire de la lignée Bonafos a pour sa part été mieux conservée, sans toutefois laisser de trace dans la dénomination du mas dont elle fut propriétaire. Aux confins de la ville de Perpignan et de la commune de Cabestany, le voile se lève donc partiellement sur un domaine rural au toponyme d'agréable consonance, éclairé par des documents d'histoire.

 E. PRACA

 

Document - 1810

 Bail du Mas Vermeil

 

« Entre nous, soussignés Emmanuel Bonafos, docteur en médecine, et Michel Bolte, cultivateur actuellement fermier d'un corps d'héritage sis à Ponteilla, il a été convenu ce qui suit :

Emmanuel Bonafos baille, à titre d'afferme, audit Michel Bolte, la métairie dite lo mas Vermell, sise aux territoires de Perpignan et de Cabestany, et ce pour l'espace de quatre années consécutives, et pour y faire quatre récoltes. Lesdites quatre années commenceront pour les travaux de culture et d'exploitation des terres le 25 décembre 1810.

Les conditions, charge et clauses seront stipulées et détaillées dans un acte sous seing privé qui sera rédigé de commun accord et au plus tôt.

Les conditions principales déjà convenues sont que le preneur fera tous les travaux et semailles nécessaires aux champs, vignes et olivettes, et ce aux époques convenables, selon l'usage des bons agriculteurs ; qu'il donnera au bailleur pour le prix du présent bail, le tiers de tous les grains qui se recueilleront sur les terres de ladite métairie, le tiers des raisins ou du vin et la moitié des olives ou de l’huile au choix du bailleur, quitte et net de tous frais quelconques, et que le preneur apportera le tout susdit dans le domicile du bailleur à Perpignan, quitte de tous frais de transport.

Le preneur paiera les deux tiers des contributions auxquelles sont ou seront soumises les terres et bâtisses quelconques composant ladite métairie. Le preneur aura la faculté de faire à ses profits, de trèfle dit farratge, et les lupins que bon lui semblera sur les chaumes ou roustoulls de ladite métairie ; mais il ne laissera point grainer le trèfle ni les lupins. Ceux-ci seront mangés en verd, et le trèfle fauché en verd. Il fera semer aussi la quantité de fèves et pois qui sera jugée nécessaire pour la nourriture des personnes employées à l'exploitation de ladite métairie.

Les quatre ayminattes ou environ qui se trouvent actuellement en luzerne lui seront cédées à ses profits, aux charges néanmoins stipulées dans l'article 15 du bail à ferme sous seing privé passé à Perpignan le 11 juin 1806 entre M. François Jaubert - Vermell, feue Marie Jaubert - Vermell d'une part et Jean-Baptiste Vermell d'autre part.

Toutes les pailles, tous les abecs et fourrages seront consommés dans ladite métairie et tous les fumiers en provenant ou tous autres fumiers faits dans la métairie seront portés et répandus sur les terres qui la composent et dans les endroits convenus entre le bailleur et le preneur.

Les articles un, deux, dix et dix-huit du bail à ferme d'un corps d'héritage sis à Ponteilla, passé à Perpignan par devant Jaume - Bosch notaire, le 24 août 1806, entre François Granger et Michel Bolte, seront insérés dans l'acte sous seing privé qui sera passé entre M. Emmanuel Bonafos et le dit Michel Bolte, comme il est dit ci-dessus, et ces articles seront exécutoires pendant tout le cours du bail à ferme de la métairie Vermell.

Le bailleur et le preneur se régleront sur les esparcets à faire.

Le preneur, de concert avec le bailleur, se régleront avec Jean-Baptiste Vermell, fermier actuel de la métairie Vermell, pour la jouissance des locaux que celui-ci devra céder à Michel Bolte le 25 décembre 1810, conformément à l'acte sous seing privé du 11 juin 1806, ci-dessus relaté.

Le bailleur dans l'acte qui sera passé entre lui et Michel Bolte se réservera une partie des locaux pour son usage, place au feu, à la cave et à l’écurie ; il se réservera quelque dispositifs en volailles bien nourries et de recettes en oeufs, en raisins frais, en paille et abecs pour l'usage de sa maison. Il se réservera les différentes facultés et les différents avantages exprimés dans l'acte ci-dessus du 11 juin 1806.

Dans la rédaction de l'acte qui sera passé entre Michel Bolte et Emmanuel Bonafos, ils se régleront, autant que faire se pourra, autant que les localités du mas Vermell le permettront sur les deux actes ci-dessus cités du 11 juin 1806, et du 24 août 1806.

Et pour l'exécution de ce qui est déjà ci-dessus distinctement et expressément convenu, sauf ce qui reste encore expressément à régler dans l'acte sous seing privé qui doit intervenir, les parties soussignées s'obligent réciproquement, sous peine de tous dépens, dommages et intérêts, et obligent en conséquence réciproquement leurs biens.

Fait en double à Perpignan le douze août de l'année mil-huit-cent-dix.

E. Bonafos – Bolte »