Concession et sociétés des mines de Fillols - Fin Ancien Régime - Début du XXe s.

 

Taurinya - Viaduc du funiculaire des mines de Fillols

 

Le 28 avril 2000 a été donnée à Fillols une conférence intitulée « Concession et sociétés des mines de Fillols de la fin de l’Ancien Régime au début du XXe siècle ». L’objet de cette conférence était de retracer, au moyen de repères chronologiques, les grandes étapes de l’histoire des mines de fer de Fillols, depuis leur propriété par Raymond de Viladomar, moine de l’abbaye de St Michel de Cuxa, jusqu’à leur amodiation en 1909 par la Cie d’Alais.

 

Fillols de 1803 à 1858

Suite à l’émigration en Espagne de Raymond de Viladomar, la mine, nationalisée à la Révolution française, est exploitée par l’ancien fermier Thomas Cortès qui y effectue d’importants travaux d’épuisement des eaux. Fervent Conventionnel, Thomas Cortès est au début du Consulat évincé dans sa demande de concession par Raymond Rivals-Gincla, fidèle lieutenant de Napoléon Bonaparte. Attribuée en 1803, la concession de la mine, d’une superficie de 3382 hectares, est confirmée en faveur de Raymond Rivals-Gincla par décret impérial du 15 avril 1805.

Première concession des Pyrénées-Orientales par son ancienneté et sa superficie, celle-ci passe ainsi, de 1803 à 1832, aux mains de l’une des plus importantes lignées de maîtres de forges de la région. Dans la première moitié du XIXe siècle, la mine de Fillols se rattache en effet, dans le département de l’Aude, aux forges de Montfort et de Gincla établies sur la Boulsanne, où les Rivals possèdent en outre un laminoir, le seul existant sous l’Ancien Régime dans les départements de l’Aude, des Pyrénées-Orientales et de l’Hérault. Leur fenderie fabrique par ailleurs, avec l’aide d’ouvriers venus de Liège, des produits destinés à la tonnellerie à Béziers, Sète et Rivesaltes.

Au début du XIXe siècle, le minerai de Fillols permet le développement des activités de Gincla tant dans l’industrie civile que militaire : à la fabrication de limes et instruments tranchants de grande réputation s’ajoute à compter de 1817 le corroyage d’essieux pour l’artillerie. De 1832 à 1858 toutefois, la mine passe aux mains des créanciers de la lignée Rivals-Gincla.

Fillols vers la société anonyme

Dans les Pyrénées-Orientales, le principal concurrent des Rivals est Jean Bernadac, maître de forges à Sahorre puis à Ria. Echouant dans sa tentative d’implanter dans le département des hauts fourneaux au bois, cette initiative est reprise et réussie en 1859 par Rémy Jacomy, acquéreur des biens de Jean Bernadac et propriétaire à compter du 26 décembre 1858 de la mine de Fillols. La crise de la fin des années 1840 ainsi que les querelles relatives aux redevances sur les mines ont en effet décidé leur propriétaire, Marguerite Salvaire, à céder la concession à ce capitaine d’industrie ambitieux.

Promoteur de hauts fourneaux à Ria (Pyr-Or.), premiers hauts fourneaux du département, Rémy Jacomy fonde également en 1861 la « Société des mines, forges et hauts fourneaux de La Nouvelle » (Aude). Apportée à cette dernière société, la mine de Fillols alimente de 1862 à 1867 les hauts fourneaux établis sur le site de La Nouvelle, sur l’axe ferroviaire Narbonne-Perpignan. Des querelles internes, auxquelles la Cie des mines forges et fonderies d’Alais n’est pas étrangère, provoquent une scission entre Rémy Jacomy et ses actionnaires, dont en particulier la Société des Mines du bassin de St Affrique (Aveyron).

Après la dissolution de la société de la Nouvelle, la mine de Fillols, convoitée par les Anglais, les Français et les Belges, est finalement adjugée le 17 avril 1873 à Simon Philippart, industriel belge, pour 2,110  millions de francs. Promoteur en 1875 de la « Société Anonyme des Mines de fer de Fillols », Simon Philippart se sépare des hauts fourneaux de la Nouvelle et le minerai est écoulé, selon un nouveau traité commercial, vers les forges et fonderies d’Alais, de Decazeville et de Fourchambault, dans les bassins de la Loire et du Gard.

Procédant à l’équipement de la concession (four à griller le minerai en 1888, traînage automatique sur le site du Salvé), la société des Mines de Fillols devient à la fin du XIXe siècle la première société minière des Pyrénées-Orientales (45 000 tonnes/an). Acquéreur en 1905 des minières de surface demeurées propriété des descendants de Jacomy, elle obtient en 1898 la concession de Casteil (112 ha) et exploite celle de St Vincent, propriété des Schneider, totalisant ainsi une superficie de 3500 hectares environ.

Fillols et la Cie d’Alais

Le 1er novembre 1909, la concession est finalement amodiée pour trente années à la Cie d’Alais, qui dès 1865, avait fait une proposition d’achat des mines de Fillols. Le bail de la mine s’accompagne des droits de passage obtenus au fil des années de l’administration des domaines (plans inclinés et voies de la Pena), de la commune de Vernet-les Bains (chemin et vacants) et de divers particuliers, ainsi que des occupations de terrains privés pour les besoins de l’exploitation souterraine.

Plus de deux siècles d’occupation ont profondément modifié le paysage de la mine, dont le nombre d’ouvriers passe d’une poignée au début du XIXe siècle à plus de 350, manœuvres compris, au début du XXe siècle. D’une simple galerie où la priorité était de lutter contre l’envahissement des eaux, on passe à des galeries encore non étançonnées, creusées au pic autour d’un pilier central en minerai. Plans et descenderie sont établis à compter des années 1840, lorsque une exploitation plus intensive se fera à la poudre, provoquant un nombre accru d’accidents et d’éboulements.

A Fillols comme ailleurs, la sécurité des mineurs n’est à ses débuts en aucun cas garantie ou du moins anticipée. Le dédommagement des accidentés est laissé au bon vouloir du concessionnaire puis de ses caisses d’assurances, tandis qu’en matière de prévoyance de santé, la première mutuelle est également patronale. La loi sur une protection sociale obligatoire dans les mines date de 1894, relayée par un mouvement syndical plus important et des revendications qui peuvent tourner à la révolte : 1905, 1906 demeurent dans les mémoires collectives et deviennent partie intégrante de l’histoire de Fillols.

Même refusée par ce dernier, cette dimension revendicative doit alors être prise en compte par le patronat : en 1909, le contrat entre Paul Van Eeckhoudt, administrateur délégué des mines de Fillols et le baron Xavier Reille, administrateur délégué des mines, fonderies et forges d’Alais, prévoit qu’en aucun cas les grèves qui pourraient se produire à Fillols ne constituent désormais un cas de force majeure pouvant modifier le bail. 

                                                                                                             E. PRACA

 

Bibliographie

PRACA Edwige, Concession et sociétés des mines de Fillols de la fin de l’Ancien Régime au début du XXe siècle, in Le fil du fer, bulletin des Amis de la route du fer n°3, décembre 2000, p.2-3.

Pour en savoir plus

PRACA Edwige, Contribution à l’histoire de l’industrie métallurgique dans les Pyrénées-Orientales, DEA Montpellier III, 1998, sous la direction de Jean SAGNES.