Mine d’or de Glorianes - Recherches au XXe siècle

 

Au pied du massif du Canigou dans les Pyrénées-Orientales, le territoire de Glorianes se distingue par la présence d’une ancienne mine d’or. Avant la guerre de 1914, des demandes de concession émanent d’industriels belges ou lyonnais, intéressés par l’exploitation de l’or et de métaux connexes, arsenic notamment. Le site fait l’objet de recherches minières, mais semble avoir été durant cette période peu exploité, malgré la qualité des demandeurs. A compter des années 1920, la concession revient à la Société Minière du Roussillon puis dans les décennies suivantes, le site est exploité par la Société Algérienne des Mines de Gueldaman. Enfin, dans les années 1960, des recherches sont menées par la Compagnie Royale Asturienne des Mines, ensemble de sociétés industrielles d’importance croissante. 

 

Les demandes de concession avant 1914

En 1903, Emile Halot, industriel français établi en Belgique, dépose une demande en concession pour la mine de Glorianes. Celui-ci se substitue alors dans ses recherches à un demandeur local, Martin Lavila, domicilié à Prades, et premier entrepreneur intéressé à l’obtention de cette concession située dans son arrondissement de résidence[1]. Domicilié à Bruxelles, Emile Halot sollicite plus largement une concession « de mines d'arsenic, or et métaux connexes sur le territoire des communes de Boule-d'Amont, Glorianes, Joch, Finestret, Casefabre, Rodés, Rigarda et Bouleternère, arrondissement de Prades »[2].

Ingénieur diplômé des Arts et Métiers, Emile Halot (1835-1910) est le fils d’Alexandre Halot, qui s’était associé avec l’industriel Cail pour créer à Bruxelles la première grande usine métallurgique de la région. Egalement propriétaire d’usines de fabrication de locomotives et de matériel de sucreries, Emile Halot est un industriel de grande envergure. En 1903, répondant à la demande du gouvernement français, il est président fondateur de la Chambre française de Commerce et d’Industrie de Bruxelles[3]. Déposée la même année et instruite par les ingénieurs des Pyrénées-Orientales, sa demande en concession de la mine de Glorianes est toutefois rejetée par un décret de décembre 1907[4].

Le 25 octobre 1912, une nouvelle demande de concession est déposée par Jean Vincent, un entrepreneur lyonnais, qui sollicite plus précisément une concession « de mines de pyrites arsenicales aurifères et métaux connexes sur le territoire des communes de Glorianes, Boule d’Amont et Rodès », situées dans l’arrondissement de Prades[5]. Un autre entrepreneur et inventeur lyonnais, Léon Guiguet, entreprend également des recherches de pyrites aurifères entre les vallées de Glorianes et de Crosses. Domicilié à Lyon 1 rue Gailleton, celui-ci régularise sa demande de concession le 26 décembre 1912[6]. Il ne semble pas qu’une suite favorable ait été donnée à ces demandes, et la période de la guerre 1914-1918 nécessite ensuite d’être mieux documentée.

La concession dans les années 1920

Les années 1920 se caractérisent par une renaissance de l’industrie aurifère en France. Par une pétition en date du 6 juin 1918, régularisée le 28 juin de la même année, la Société minière du Roussillon sollicite à son tour une concession de mines de pyrites arsenicales, aurifères et métaux connexes sur le territoire des communes de Glorianes, Joch, Rigarda, Rodés, Boule d’Amont et Finestret. Cette société dont le siège social est situé 4 rue Blanche à Paris, est représentée par son administrateur délégué, Gauthier. La demande porte sur une superficie de 1269 ha[7].

Ce n’est qu’en 1922 toutefois qu’est rendu le rapport favorable des ingénieurs des mines. Un décret paru le 21 septembre 1922 attribue la concession de mispickel aurifère de Glorianes à la Société Minière du Roussillon. S’étendant sur une superficie légèrement inférieure à celle de la demande (1081 ha), celle-ci prend le nom de « Concession de Glorianes[8] ». « En septembre 1922, à la suite de recherches importantes, a été instituée une concession de mispickel aurifère et métaux connexes, dite concession de Glorianes, propriété de la Société Minière du Roussillon » confirme la presse spécialisée[9].

De 1922 à 1924, le concessionnaire exploite une partie du gisement reconnu par les travaux antérieurs : le premier plan conservé se réfère aux recherches de l’année 1919. Au cœur du dispositif minier figure la montagne de Roque-Rouge, dont le sommet situé à 1015 mètres d’altitude donne son nom aux filons d’exploitation. Au total, il est extrait durant cette période, 1800 à 1900 tonnes de minerai[10]. Les minerais sont traités soit par la Société minière de l’Orb à Ceilhes (Hérault), soit par la Société métallurgique d’Hoboken, en Belgique, et accusent des teneurs en arsenic variant de 8 à 20% et des teneurs en or variant de 10 à 45 grammes à la tonne[11].

Dans l’intervalle, la Société Minière du Roussillon entreprend de nouvelles recherches (1923), pour les suspendre toutefois en même temps que l’exploitation dans le courant de l’année suivante. Eprouvant des difficultés financières, celle-ci cesse ensuite toute activité et est mise en liquidation en 1926[12]. Alors que la procédure administrative s’étire en longueur[13], dans les années 1930, les tonnes de minerai non ramassé dessinent un nouveau relief sur le carreau de la mine provisoirement déserté.

Selon l’ingénieur Auguste Pawlowski, l’arrêt d’exploitation serait dû à une insuffisance en teneur du minerai : « A Glorianes, dans les Pyrénées-Orientales, la Société minière du Roussillon se trouve en présence d’un mispickel accompagné de fer et de chalcopyrite. L’ouverture des filons est remarquable mais le minerai manque de teneur, de sorte que les concessionnaires n’ont exécuté que des tentatives discontinues d’utilisation » indique-t-il en 1927[14].

Les auteurs s’accordent toutefois sur la bonne tenue des travaux exécutés : « Le minerai titre 25 grammes d’or et cette mine, quoique inactive, possède des travaux normalement exécutés, qui ont découpé un certain tonnage de minerai encore en place », note la Société d’études scientifiques de l’Aude en 1933[15]. Enfin, en 1935 un article estime pour sa part que « Le gisement de mispickel de Glorianes (Pyrénées-Orientales) n'est pas exploité, bien qu'il s'y trouve d'importants filons à haute teneur en arsenic et en or[16] ».  

En définitive, selon les appréciations des années 1920-1930, l’exploitation de Glorianes, quoique discontinue, se caractérise par la qualité technique des travaux réalisés et suscite un réel intérêt scientifique. La mine d’or de Glorianes est avec celle de Salsigne la seule en activité dans les Pyrénées françaises, la priorité étant alors accordée par les ingénieurs des mines, aux concessions aurifères du Massif central.

Exploitation de la fin des années 1930 à la fin des années 1940

 


Action Compagnie d'Aguilas - 1937

 

Dans les années 1930, il ne semble pas exister de nouveau concessionnaire sur la mine. De septembre 1938 à octobre 1939, des travaux de recherches sont repris par la Société Méditerranéenne, Minière, Métallurgique et Commerciale, consistant surtout en travaux de relevage d’anciennes galeries et de découpages réalisés sur des indices antérieurs[17]. Cette mention semble toutefois ponctuelle.

Le dernier exploitant de la décennie est la Société Algérienne des Mines de Oueldaman ou Gueldaman, société minière dont le siège est situé aux mines de Gueldaman-Akbou ou Akhou (Constantine)[18]. Cette société anonyme a été reconstituée en 1934 avec l’appui de la Compagnie d’Aguilas[19], dont elle est devenue une filiale. Plus précisément, en 1936, les filiales algériennes de la Compagnie d'Aguilas sont la Société des Mines de la Kabylie et la Société Algérienne des Mines de Gueldaman[20].

Recapitalisée à hauteur de 11 millions de francs, la société mère consolide son actif en 1937 « en raison d’une augmentation du cours des métaux, notamment en ce qui concerne la Société Algérienne ». De fait, la production des mines de cette filiale a été pour 1936 de 4721 tonnes de minerai contenant 2980 tonnes de plomb et 4226,2 kg d’argent[21]. Il n’est pas encore question d’or et la date exacte à laquelle la Société algérienne apparaît sur le chantier de Glorianes doit être précisée. En tout état de cause, de nouveaux travaux sont effectués de 1943 à 1949, avec l’aide d’une subvention sur convention minière[22].

La mine fait alors l’objet de nouvelles attentions et expertises : « Les tentatives de Glorianes entrent en bon rang au palmarès des efforts qui assureront le salut du pays » espère en 1943 le Journal des débats, siégeant alors provisoirement à Clermont-Ferrand. Un effort logistique et technique est de fait accompli durant la guerre, dont il conviendrait toutefois de mieux en cerner les modalités et les implications. En tout état de cause, les teneurs en or et arsenic sont vérifiées, un chemin d’accès est à nouveau tracé pour l’exploitation[23].

Enfin, au terme du second conflit mondial, les ingénieurs des mines procèdent au déclassement des concessions devenues vacantes. Toujours officiellement concessionnaire, la Société Minière du Roussillon « a cessé toute activité en 1949. Elle ne s’acquitte plus des redevances fixes sur les mines à compter de 1957. La déchéance du propriétaire est prononcée par arrêté ministériel du 3 novembre 1962[24] ».

Recherches sur Glorianes dans les années 1960

Cette vacance laisse désormais la place à un nouvel investisseur industriel, la Compagnie Royale Asturienne des mines, société anonyme enregistrée pour la France au registre du commerce de la Seine. Le siège social de la société est en effet fixé 12 place de la Liberté à Bruxelles et le siège administratif pour la France, 42 avenue Gabriel Péri à Paris (8e).

Un représentant de la compagnie se rend sur le terrain le 5 avril 1967. L’entreprise confirme l’intérêt porté à Glorianes par lettre du 3 juin 1967 et affirme son intention de déposer une demande de permis exclusif de recherches couvrant et débordant le périmètre de la concession. Elle désire profiter de la période hivernale pour effectuer des recherches. Le 20 décembre 1967, elle dépose une demande de permis exclusif de recherches d’or, arsenic et substances connexes pour une durée de trois ans. La demande de la société inclut les communes de Glorianes, Joch, Rigarda, Rodès, Boule d’Amont et Finestret.

En 1968, une équipe de géologues de la Compagnie Royale Asturienne des Mines s’installe au Mas Barlet, route de Vaugières à Montpellier. Les membres qui se manifestent dans la région sont Santous, chef des recherches à la Compagnie, à Paris ; Balcon, ingénieur principal du service géologique, à Bordeaux ; Ansart, ingénieur géologue à Montpellier.

Le dossier administratif apparaît favorable. Aucune demande en concurrence n’a été déposée de mars à avril 1968 ; la seule opposition existante est celle d’un habitant du village de Joch. Le rapport des ingénieurs de l’arrondissement minéralogique de Montpellier est dressé à la fin de l’été 1968. Suite au rapport de l’ingénieur en chef des mines de Montpellier, approuvé par celui des mines d’Alais, un avis favorable est rendu par le préfet des Pyrénées-Orientales le 15 novembre 1968.

Le décret accordant le permis exclusif de recherches de mines d’or, arsenic et substances connexes dit « Permis de Roque-Rouge » est signé à Paris le 21 mars 1969, sous le mandat de Maurice Couve de Murville par André Bettencourt, ministre de l’Industrie. Il concerne une superficie d’environ 2270 hectares : le périmètre de recherches autorisées à titre provisoire, est alors double de celui fixé pour la concession dans les années 1920[25].

Ainsi le site aurifère de Glorianes est-il temporairement confié à l’une des principales sociétés extractives contemporaines qui, initialement spécialisée dans le zinc, a progressivement investi le secteur des métaux rares et celui des industries chimiques dérivées. La mine de Glorianes répond donc aux stratégies industrielles de sociétés d’importance croissante, et apparaît invariablement comme un point attractif sur l’échiquier métallifère européen[26].

Edwige PRACA

 

DOCUMENT

Article du 17-4-1943

"Après les recherches des moines du moyen age

Trois filons aurifères mis au jour à Glorianes, près du Canigou"

 

« (…) Que donnera l’exploitation ?

Quoi que l'on pense de la valeur de l’or comme instrument d’échange et comme étalon, on ne peut nier que s'il semble avoir perdu ses vertus de « nerf de la guerre », il lui reste ses applications techniques, qui font de lui un métal irremplaçable, dont l'Europe ne saurait se priver.

Les événements l'ont démontré, et c'est peut-être leur déroulement qui conduisit récemment une nouvelle société à se former pour vérifier si les recherches de 1918 avaient épuisé toutes les ressources de Glorianes ou si, au contraire, il fallait abandonner tout espoir de trouver de l'or dans les Pyrénées.

Mais le Canigou est une montagne riche, qui dispense abondamment le cuivre et le fer et l'on est en train de démontrer qu'il est en mesure de dispenser également l'or dans un avenir assez proche. Que donnent les analyses, auxquelles les ingénieurs se livrent actuellement ? Elles ont abouti à une première certitude le mispickel aurifère de la mine de Glorianes contient de 35 à 38 % d'arsenic, ce qui lui confère déjà une valeur industrielle assurée. Mais surtout, les techniciens ont acquis la conviction que chaque tonne de ce minerai contient en moyenne 20 grammes d'or, ce qui est une fort belle teneur, et probablement une des meilleures de France.

On a trouvé même, en certains points des filons, jusqu'à 260 grammes d'or par tonne de minerai. Le quartz est à flanc de montagne. Trois filons ont été décelés. D'autres existent, que la savante et patiente recherche à laquelle on se livre ne tardera pas à désigner. L'étude faite, il faudra exploiter. Que donnera la mine d'or de Glorianes ? Quelques centaines, quelques milliers de kilos d'or ? 

La France aura demain, besoin de cet or.

C'est pourquoi l'on songe déjà aux installations qui seront nécessaires pour traiter le quartz aurifère du Canigou, c'est pourquoi l'on a construit déjà la route qui permettra d'y accéder, c'est pourquoi, enfin, l'on trace les plans et l'on fixe les procédés qui permettront de séparer l'or de l'arsenic, et c'est toute une alchimie que d'anciennes exploitations aurifères françaises celle par exemple de Salsigne près de Carcassonne, ont depuis longtemps mise au point, et que nous raconterons un jour. Disons seulement que l'or quand il sort en lingots de l'usine, a été associé successivement aux poisons let plus violents. 

Est-ce un symbole ? 

Pour que le symbole soit complet, il faudrait alors dire aussi grâce à quel effort et quel travail forcené de main d'homme tant d'or a pu venir en possession du pays. Et ce serait alors un symbole consolant.

C'est à celui-là qu'il faut s'arrêter. Les tentatives de Glorianes entrent en bon rang au palmarès des efforts qui assureront le salut du pays ».

Jacques DOUEL

 Journal des débats politiques et littéraires

17-4-1943



[1] L’Echo des mines et de la métallurgie, 15-12-1904, p.1494.

[2] JO du 16-8-1903.

[3] Site Patrons de France, Bulletin administratif Arts et Métiers n°4, avril 1910, p.376-377, Notice nécrologique Halot Pierre-Emile.

[4] L’Echo des mines et de la métallurgie, 9-4-1908, p.414.

[5] L’Echo des mines et de la métallurgie, 24-2-1913, p.229.

[6] L’Echo des mines et de la métallurgie, 17-4-1913, p.453. Egalement dépositaire aux Etats-Unis d’un brevet d’invention pour une machine à extraire le caoutchouc.

[7] JO du 7-9-1918, p. 7873 ; JO 7-10-1918, p. 8746.

[8] JO du 21-9-1922, p. 9555 et 9556 ; Revue de l’industrie minérale, 15 octobre 1922, mention p. 311.

[9] L’Echo des mines et de la métallurgie, 1-3-1924, p.102.

[10] DRIRE.

[11] L’Echo des mines et de la métallurgie, 1-3-1924, p.102.

[12] DRIRE.

[13] Selon Annales des mines, états des concessions au 31-12-1928, p.61 : la concession aurait été instituée le 14-9-1922. La Société Minière du Roussillon, dont le siège est 4 rue Blanche à Paris est en liquidation. Adresse du liquidateur : 84 bd des Batignolles, Paris. La liquidation définitive intervient beaucoup plus tard.

[14] PAWLOWSKI Auguste, « Les mines françaises de métaux autres que le fer depuis la guerre », Le Génie civil, 20-8-1927, p. 187.

[15] Société d’Etudes Scientifiques de l’Aude, Bulletin 1933, tome 37, p.120.

[16] CHARRIN V., ing. civil des mines, « Les minerais d’arsenic en France », Le Génie civil, 27-4-1935, p.418.

[17] DRIRE, 1968.

[18] Elle existe déjà en 1929 où une bonne sachant cuisiner est demandée à la direction : L’Echo d’Alger, 18-9-1929.

[19] L’Avenir de Bougie. L’Oued-Hahel, 15-3-1934.

[20] L’Echo des mines et de la métallurgie, 10-12-1936, n°3266.

[21] L’Ouest-Eclair, 6-9-1937, p.11.

[22] DRIRE, 1968.

[23] DOUEL Jacques, Le Journal des débats, 17-4-1943.

[24] DRIRE, 1968.

[25] JO du 30-3-1969 et DRIRE 1968-1969.

[26] Cie Asturienne des Mines : capital 1.240.078.750 frcs belges.