Mine de cuivre de Fosse et de Saint Martin : origine des propriétés (1838-1928)

 

 

En 1928 un acte notarié rappelle l’origine de propriété des mines de cuivre situées sur le territoire des communes de Fosse et de Saint Martin, dans le canton de Saint Paul de Fenouillet. Faisant l’objet d’un acte de société en 1838, concédée en 1841, la concession de Fosse et Saint Martin demeure à compter de cette époque entre les mains d’une même famille, celle des Lacroix. Par cette propriété, cette lignée d’ancienne noblesse témoigne ainsi de son intérêt pour les ressources géologiques du Fenouillèdes, et de son emprise sur cette portion du patrimoine minier des Pyrénées-Orientales.

Découverte du gîte minier - 1836-1841

Dans un premier temps, une ordonnance accorde la concession de Fosse et Saint-Martin à divers particuliers. La mine est découverte par Antoine Peyralade propriétaire à Saint Paul de Fenouillet et Barthélémi Saunier, propriétaire à Saint Martin, dans un champ de ce dernier. Une demande en concession est introduite le 3 décembre 1836 et les découvreurs s’adressent à l’ingénieur des mines pour en connaître la qualité : le minerai déposé au bord d’un chemin très passant est en effet fréquemment enlevé par curiosité.

Deux possibilités s’offrent alors aux intéressés : les essais peuvent être réalisés en petit dans un creuset ou en grand dans des fourneaux et dans le cas d’expériences momentanées, une autorisation administrative n’est pas nécessaire. Si par suite des essais, les entrepreneurs veulent constituer une usine, ils doivent alors déposer une demande d’autorisation, conformément à la loi du 21 avril 1810. Quelques années plus tard, le 23 mai 1841, la concession est attribuée à Antoine Peyralade, découvreur et à Louis et Ambroise Salvat, autres demandeurs, sur une superficie de 359 hectares.

Concession de 1841 à 1894

Le cuivre suscite autant d'intérêt qu'il ne nécessite de capitaux. Au préalable en effet, les mines de cuivre ont fait l’objet d’un acte reçu par Me Canavy, notaire à Ille le 15 mai 1838, contenant constitution d’une société pour leur exploitation. Les statuts de la société sont ensuite modifiés entre les mêmes parties par un acte aux minutes de Me Guiter, notaire à Perpignan, le 28 septembre 1839. La concession devient enfin propriété exclusive de Joseph François Ferdinand Anselme de Lacroix en vertu de l’arrêté du 23 mai 1841, et par suite des cessions qui lui sont faites par ses co-associés.

Agé de 37 ans en 1841, Joseph François Ferdinand Anselme de Lacroix (1804-1875) bénéficie alors d’un statut social élevé. Exerçant le métier d’avocat, il devient quelque temps plus tard maire de Prades (1848-1850) et conseiller général. Issue d’une lignée d’Ancien Régime, ayant récupéré sa particule sous le Second Empire, cette branche familiale est autorisée à s’inscrire à nouveau sous le patronyme de « de Lacroix », suivant jugement rendu par le tribunal civil de Prades en date du 5 juin 1861. Sous-préfecture des Pyrénées-Orientales, la ville de Prades se situe pour sa part au cœur du bassin minier du Conflent, étendant son emprise sur le piémont du massif méditerranéen des Pyrénées.

La concession de Fosse et Saint Martin, dont l’origine de la société remonte à 1838, demeure entre les mains de cette première génération jusqu’en 1894. Décédé intestat à Perpignan le 26 juillet 1875, Joseph de Lacroix est en effet l’époux de Joséphine Balbine de Lucia, pour sa part décédée à Perpignan le 4 janvier 1894. Les mines de Fosse et Saint Martin restent donc un demi-siècle aux mains de cette même génération.

Concession de 1894 à 1920

De la descendance du couple sont issus deux fils, Edouard Joseph Jacques et Joseph Charles Raymond de Lacroix, tous deux nés à Prades respectivement en 1840 et 1847. Par suite du décès d’Edouard, fils aîné, ancien magistrat, survenu à Perpignan le 29 octobre 1892 à l’âge de 42 ans, il reste désormais un seul et unique enfant. Ce décès survenant intestat et sans postérité, la concession devient dès lors la propriété personnelle du fils survivant, Joseph de Lacroix (1847-1920), pour l’avoir recueillie de la succession de ses parents.

Militaire et propriétaire, chevalier de la Légion d’honneur en 1901, Joseph de Lacroix est époux de Sophie, Félicie, Etiennette, Gabrielle de Raymond de Lalande, née en 1864 à Tarnos (Landes). Celle-ci décède à Perpignan à la survivance de son époux, le 18 janvier 1905, à l’age de 40 ans. Demeuré veuf, domicilié 11 rue Emile Zola à Perpignan, Joseph de Lacroix décède à son tour le 7 avril 1920. Après être demeurée 25 ans entre ses seules mains (1894-1920), la concession minière de Fosse et Saint Martin passe ensuite entre les mains de ses descendants, qui en recueillent à leur tour la propriété, avec d’autres biens figurant dans la succession de leur père.

Concession de 1920 à 1928

Six enfants sont issus de l’union de Joseph de Lacroix et Sophie de Raymond de Lalande, nés à Perpignan (Pyrénées-Orientales) ou Tarnos (Landes), berceau de la branche maternelle :

- Charlotte Joséphine Marie Balbine de Lacroix, née à Perpignan le 21 janvier 1889.

- Marguerite Mathilde Louise de Lacroix, née à Perpignan le 20 mars 1891, veuve de Georges Daniel Cowie.

- Yvonne Marie Henriette Josèphe de Lacroix, né à Tarnos, le 10 août 1893.

- Firmin Joseph Armand Guyde Lacroix, né à Tarnos, le 20 février 1899, propriétaire domicilié à Prades, époux de Henriette Rose Muchart.

- Paul Alphonse Charles Marie De Lacroix, né à Perpignan le 8 décembre 1901.

- Raymond Roger Jean de Lacroix, né à Perpignan le 10 juillet 1903.

Marguerite de Lacroix, veuve de Georges Daniel Cowie, étant décédée sans postérité, ainsi que le constate un acte de notoriété de décembre 1923, les cinq enfants survivants deviennent après ce décès, les seuls héritiers de la mine. A l’exception de Guy, tous sont mentionnés célibataires et sans profession, domiciliés 11 rue Saint Sauveur à Perpignan, où ils demeurent dans la maison familiale.

Propriété de la mine de cuivre en 1928

Le 20 août 1926 à Perpignan, la succession de leur père, Joseph de Lacroix, fait l’objet d’un partage sous signatures privées entre les enfants. Toutefois, ce partage ne concerne pas l’ensemble des biens composant l’héritage et certains biens demeurent dans l’indivision, parmi lesquels figure la concession de la mine. En 1928, les cohéritiers vendent enfin à Guy de Lacroix, leur frère, tous les biens leur appartenant indivisément dans cette concession. La cession a lieu le 7 janvier 1928 devant Me Coffinières, notaire à Perpignan. La vente, dont l’acquéreur s’acquitte au comptant, est faite au prix de 2440 francs.

Classiquement, cette cession comprend en premier lieu le droit exclusif d’extraire, par travaux souterrains, les minerais de cuivre ou autres métaux qui se trouvent dans la concession. Elle comprend en outre le droit d’exploitation à ciel ouvert, les droits de passage et d’une façon générale tous les droits qui peuvent avoir été cédés par les propriétaires ou leurs ayants-droits dans l’étendue de celle-ci. Elle comprend enfin la jouissance des propriétés bâties ou non bâties qu’ils possèdent dans le périmètre de la concession, ainsi que le droit exclusif d’extraire de ces propriétés, par exploitation à ciel ouvert, tous les minerais qui peuvent s’y trouver. La mine est mise en vente libre de toute dette et hypothèque.

Ayant pour mandataire Roger de Lacroix, leur frère cadet âgé de 25 ans, les héritiers de Lacroix cèdent donc en 1928 la propriété de la mine à leur frère aîné, Guy, domicilié à Prades, alors âgé de 28 ans. Consentie par les femmes célibataires de la fratrie, âgées de 35 et 39 ans, cette cession renforce ainsi une tradition consistant en la transmission du patrimoine industriel au fils aîné survivant. Au terme de cette brève présentation chronologique, reste à établir l’historique de l’exploitation et du patrimoine de cette mine du Fenouillèdes sous ses différents propriétaires, en temps de paix et en temps de guerre, dans le cadre de l’histoire industrielle des XIXe et XXe siècles.

Edwige PRACA

 

SOURCES

Me Coffinières, acte de vente du 7 janvier 1928.

AN, dossier LH/1429/18, Joseph Charles Raymond de Lacroix, décret du 23-8-1901.

ADPO, 8S81.

Annales des Mines, 1841, p.787 et Bulletin des lois, vol. 19, 1841, Ordonnance royale n° 15683 p.825.

 

Généalogie de Lacroix

Se rapportant à la concession de la mine de cuivre

de Fosse et Saint Martin

 

1ère génération

Joseph François Ferdinand Anselme de Lacroix (1804-1875), né le 20 avril 1804 à Prades, avocat, décédé à Perpignan le 26 juillet 1875, époux de Joséphine Balbine de Lucia, née en 1816, décédée à Perpignan le 4 janvier 1894. Co-associé de la première société minière, devenu unique concessionnaire de la mine.

2e génération

- Edouard Joseph Jacques de Lacroix (1840-1892), né le 26 octobre 1840 à Prades, magistrat, domicilié 11 rue St Sauveur à Perpignan, décédé à Perpignan le 29 octobre 1892.

- Joseph Charles Raymond de Lacroix (1847-1920), né le 9 juin 1847 à Prades, capitaine de cavalerie et propriétaire, chevalier de la Légion d’honneur, décédé le 7 avril 1920, veuf de Sophie Félicie, Etiennette, Gabrielle de Raymond de Lalande, née en 1864 à Tarnos (Landes), décédée à Perpignan le 18 janvier 1905. Héritier de la concession de Fosse et Saint Martin en 1894.

3e génération

Descendance de Joseph de Lacroix et Sophie de Raymond de Lalande :

- Charlotte Joséphine Marie Balbine de Lacroix, née à Perpignan le 21 janvier 1889, y domiciliée.

- Marguerite Mathilde Louise de Lacroix, née le 20 mars 1891 à Perpignan, veuve de Georges Daniel Cowie, décédée sans postérité, suivant acte de notoriété du 19 décembre 1923.

- Yvonne Marie Henriette Josèphe de Lacroix, née à Tarnos (Landes) le 10 août 1893, domiciliée à Perpignan.

- Firmin Joseph Armand Guy de Lacroix, né à Tarnos (Landes) le 20 février 1899, propriétaire domicilié à Prades, époux de Henriette Rose Muchart. Propriétaire de la mine de Fosse et Saint Martin à compter de 1928.

- Paul Alphonse Charles Marie de Lacroix (1901-1964), domicilié à Perpignan où il est né le 8 décembre 1901, époux après 1928 de Eliette Dezusclade, d’où postérité[1]. Décédé le 9 juin 1964 à Perpignan, à l’âge de 62 ans[2].

- Raymond Roger Jean de Lacroix, né à Perpignan le 10 juillet 1903.



[1] Mention de l’union de Lacroix-Dezusclade d’où descendance in Geneanet par pseudo Chanpuygoyne, que nous remercions ici.

[2] Mention du décès in Geneanet, pseudo Pierfit.