Activité textile en Roussillon - Passé ou présent, art ou industrie ?

 

Du 6 décembre 2008 au 29 janvier 2009 s’est tenue dans les Pyrénées-Orientales, en collaboration avec la Médiathèque de Perpignan, l’exposition « Activités textiles et mode en Roussillon ». Cette exposition invitait à une nouvelle définition de l’histoire textile des Pyrénées méditerranéennes : ruptures ou continuité, art ou industrie, spécificité ou universalité des productions ? De fait, fallait-il désormais parler de l’industrie textile au passé ou au présent ?

Chronologie industrielle

Dans l’histoire du Roussillon, quelles ont été les activités textiles dominantes ? Le travail de quatre fibres principales a définitivement été mis en exergue: la laine au Moyen-Age, la soie au siècle des Lumières, le coton à l’ère industrielle, les mélanges coton-lin et coton-chanvre dans la première moitié du XXe siècle. Au travail de ces fibres naturelles, s’ajoute au cours du XXe siècle celui, méconnu, des fibres artificielles, telles le nylon et le lastex.

Le département a longtemps été industrialisé : au Moyen-Age, le travail à grande échelle de « draps » de laine, c'est-à-dire de tissus parfaitement apprêtés de manière spécialisée, relève déjà de l’industrie, tandis que la création de la Manufacture royale de soie de Perpignan, fondée par ordonnance royale au XVIIIe s., confirme cette tendance.

C’est ensuite dans la  fabrique Vimort-Maux située au-delà des remparts, près de la Basse, qu’est introduit le métier à tisser Jacquart : au début du XIXe siècle, cette entreprise forte d’une centaine de personnes, se lance dans la filature et le tissage industriel du coton. Elle prolonge dès lors une activité similaire affleurante sur la frontière de Cerdagne, florissante en Catalogne et dans les départements septentrionaux.

Localement, le souvenir le plus prégnant de l’industrie textile demeure toutefois celui des grandes usines du Vallespir, dans lesquelles s’effectuent, au tournant du XXe siècle, les mélanges coton-lin, coton-chanvre ou jute. Par son ampleur, ses formes antagonistes de production, capitaliste ou coopérative, la fabrication de l’espadrille apparaît dès lors comme un secteur d’activité primordial, emblématique des luttes industrielles se déroulant dans les Pyrénées-Orientales.

Textiles mélangés et bonneterie

Mais c’est oublier une autre activité essentielle et jusqu’ici peu étudiée, celle de la bonneterie perpignanaise, apparaissant également comme l’un des secteurs d’activité les plus dynamiques du département, ce jusqu’au milieu des années 1970. De dimension internationale, la société Diogène regroupait à elle seule environ un millier d’ouvriers, répartis entre les Hautes-Pyrénées, Barcelone et Perpignan.

Au début du XXe siècle, ces seuls ateliers regroupaient à Perpignan environ 300 salariés. Créée par Dioègene à Perpignan et emblématique de l’activité de bonneterie, « Chiquita, la plus petite gaine du monde », à base de nylon et de lastex, partait dès lors à la conquête des pays étrangers. L’entreprise fabriquait en outre des bonnets et cravates tricotés à la machine, d’où le nom final de l’entreprise : Tricot-Dio.

L’exposition 2008-2009 « Activités textiles et Mode en Roussillon » comprenait donc une série de photographies émanant, d’une part des archives des Tissages Catalans d’Arles-sur-Tech, et d’autre part des archives de l’entreprise de bonneterie Tricot-Dio à Perpignan. On y trouvait des visuels de l’ouvrier en situation de travail devant ses machines : filature, ourdissage, tissage, outillage pour fabrication tubulaire relèvent bien des caractéristiques de l’industrie…

Le portrait de l’ouvrier arlésien devant Anne Aymone Giscard d’Estaing en 1980, exprime les doutes et les enjeux que représente le maintien de cette activité textile dans le département, avant l’élection présidentielle de 1981.

Un secteur artisanal de luxe

Chacun le sait, les grandes usines textiles du Vallespir ont disparu. Mais cette contraction du secteur industriel ne signifie pour autant pas la disparition totale de toute activité. La grande industrie du Vallespir a été remplacée par un secteur artisanal du linge de maison, artisanat de luxe dont l’exportation mondiale témoigne de la vitalité prise par cette forme d’activité.

De même, le savoir-faire intéressant le corps humain n’a pas été perdu : l’art de la coupe et de la couture ont été maintenus, attestant non plus de l’ancienne dimension industrielle du département mais désormais de la préservation d’un patrimoine créatif, artistique et technique. Et en définitive, passé et présent, art et industrie, se conjuguent encore dans l’activité textile roussillonnaise.

E. PRACA

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SOURCES

En son temps rédigé au présent, ce texte était introductif à l'exposition de 2008-2009 tenue à Perpignan - Il résume un article paru en 2007 sous le titre :

E. PRACA, "La Mode en Roussillon", article paru à Perpignan dans La Semaine du Roussillon du 26-4 au 2-5-2007, n°573.

POUR EN SAVOIR PLUS

« Activités textiles et Mode en Roussillon », Exposition en Médiathèque de Perpignan, du 6 décembre 2008 au 29 janvier 2009.

A partir d’une quarantaine de photographies, d’une sélection de livres et documents, de pièces de tissu et tenues, les fibres naturelles ou artificielles, tissages catalans, bonneterie et mode, présentent le textile comme un axe essentiel de l’économie et de l’identité catalanes. Entrée libre.

Inauguration le samedi 6 décembre 2008 à 11h30.

BIBLIOGRAPHIE

La Fibre Catalane. Industrie et textile en Roussillon au fil du temps. Actes du colloque 2005, Perpignan, collectif, Ed. Trabucaire, Perpignan, 2005.

E. PRACA et L. FONQUERNIE, La Fibre catalane. Catalogue d’exposition, Perpignan, 2007.