Faïencerie de Gien - Marque « De Boulen »

 

faïencerie de gien - histoire

Faïencerie de Gien - Expression artistique contemporaine

 

La généalogie ascendante du patronat de la faïencerie de Gien fournit certaines précisions d’ordre historique. Ainsi en 1784, un acte d’état civil porte mention de la marquise de Monnier, rendue célèbre à la fois par sa relation de jeunesse avec Mirabeau et son décès prématuré à Gien à l’âge de 36 ans.

De fait, la littérature consacre une large place à cette égérie et amante du futur tribun révolutionnaire, condamnée pour crime d’adultère et à la répression qui s’ensuivit. S’appuyant sur l’ascendance de Charles de Boulen (1786-1851), l’un des associés de la manufacture, l’état civil local esquisse les derniers liens de sociabilité de la marquise, décédée à Gien le 9 septembre 1789.

Patronat de la faïencerie - Charles de Boulen

Dans la première moitié du XIXe siècle, deux personnalités se distinguent en effet au sein du patronat de la faïencerie : il s’agit du manufacturier Charles Geoffroy (1793-1871) et de son associé Charles de Boulen, au décès duquel le premier apparaît comme témoin. Ce décès concerne alors l’un des représentants de l’ancienne notabilité locale, dont les familles tiennent les rênes de la ville sous l’Ancien Régime et dont l’autorité perdure au-delà de la Révolution française.

De fait, Charles Thomas de Boulen (1786-1851) est issu d’une famille de juristes. Du côté paternel, il est le fils d’Antoine Thomas de Gerissay, bachelier en droit, avocat en parlement et « Bourgeois » de la ville de Gien. Il est également petit-fils d’Antoine Thomas (v. 1711-1792), ancien procureur du roi au grenier à sel de la localité. Du côté maternel, Charles de Boulen est le fils de Louise Streing, également issue d’une famille de notables et de juristes, dont l’ancienneté est reconnue à Gien.

En 1784, le mariage entre Antoine de Gerissay et Louise Streng confirme l’alliance des élites locales. Le père du marié exerce en effet les fonctions d’avocat au parlement, celui de Louise est procureur du roi en l’élection de Gien. Les témoins occupent des fonctions similaires ou approchantes : sont ainsi présents un changeur royal, un conseiller du roi dans la même circonscription, un avocat en parlement et le contrôleur des actes de la juridiction.

En résumé, trois générations successives, celles d'Antoine Thomas, d'Antoine Thomas de Gerissay et de Charles de Boulen assurent la continuité familiale des élites économiques et juridiques de la cité, courant de l’Ancien Régime au Second Empire.

Sophie Richard, marquise de Monnier

Sophie de Monnier - Miniature - 1789

Daté de mai 1784, l’acte de mariage entre Antoine Thomas de Gerissay et Louise Steing apporte d’autres précisions. Il stipule en effet que la future épouse a été placée quelque temps avant son mariage au couvent des Dames de Sainte Claire de Gien et mentionne la présence de certaines dames de son entourage à la cérémonie. Parmi celles-ci figure Sophie Richard, marquise de Monnier, prématurément disparue et dont l’histoire est ici brièvement résumée.

Mariée contre son gré à l’âge de 17 ans à un ancien président de la cour des comptes de Dôle, celle-ci devient en effet la jeune amante de Mirabeau avec lequel elle s’enfuit en Hollande. Arrêtée sur un ordre d’extradition obtenu par son mari, séparée de l’enfant né de cette relation en 1778, elle est conduite la même année au couvent des Clarisses de Gien, en vertu d’une lettre de cachet. En 1782, elle signe une soumission conforme aux ordres royaux, l’obligeant à rester au couvent un an au-delà du décès de son époux. En résumé, celle-ci est traitée en coupable, privée de sa liberté et des droits liés à son contrat de mariage.

Après le décès de son mari le 4 mars 1783, Sophie de Monnier recouvre sa liberté de mouvement le 4 mars de l’année suivante. Le 22 mai, elle est présente au mariage de sa compagne de couvent, Louise Streing, de l’union de laquelle naît un fils, Charles de Boulen, en 1786. La célèbre et révoltée Sophie ne connaîtra toutefois ni la jeunesse de Charles, ni l’essor de la manufacture de Gien à laquelle il est associé. En 1789, elle se donne en effet la mort, alors que Mirabeau joue désormais un rôle essentiel sur l’échiquier révolutionnaire.

Le décès de Sophie de Monnier

Plus exactement et dans la réalité des faits, séparée de Mirabeau depuis plusieurs années, la marquise envisage alors une union avec un seigneur local, Edme Benoit de Poterat. Celui-ci décède cependant à Gien le 8 septembre 1789 et son décès est suivi du suicide de la marquise. Daté du 9 septembre 1789, l’acte de décès stipule en effet que Marie Sophie Richard de Ruffey, dite marquise de Malleroy, veuve de Claude François marquis de Monnier, premier président de la chambre des comptes séant à Dôle, est décédée dans sa maison située rue de Sainte Claire à Gien, à l’âge d’environ 36 ans.

Mais aussi, chargé de ratures, le document témoigne du trouble suscité par cette disparition. Sont ainsi supprimées les lignes indiquant que l’inhumation est intervenue « en vertu de l’ordonnance de Monsieur le lieutenant général du baillage de cette ville ». A l’expression « trouvée morte dans l’habitation » est substituée celle plus neutre de « décédée cette nuit ». Est enfin rayée la mention du lieutenant de la maréchaussée de Gien, chevalier de l’ordre de Saint Louis.

En résumé, tandis que sous l’Ancien Régime, le suicide fait également partie des crimes, l’acte de décès de la marquise fait disparaître la mention des autorités d’ordre et de justice, garantes de cet aspect de la légalité. A l’inverse, subsistent la mention des amis de la défunte, à savoir celle du couple Ysabeau, dont Jean-François Yzabeau, natif de Gien, reçu chirurgien à Paris en 1780. Confident de la marquise, celui-ci était devenu lieutenant du premier chirurgien du roi et chirurgien major de l’hôtel Dieu de Gien. Comment dès lors interpréter ces mutations rédactionnelles ?

La révolution française à Gien

Ces modifications tendent à la fois à atténuer le choc causé par le suicide et à effacer la trace d’une procédure consécutive à un acte culturellement impardonnable. De fait, militante de la liberté individuelle jusqu’à la mort, la marquise mène en son temps le combat d’idées contre la "tyrannie", au sens du siècle des Lumières. Cette évolution des sensibilités est cautionnée par la classe dirigeante de la ville de Gien, qui ne tient pas compte de son passé judiciaire. Dès avril 1784, celle-ci était en effet invitée dans l’intimité du seigneur de Gien, allié à la famille de Gerissay.

Dans le prolongement de cet état d’esprit, la domination des anciennes élites locales se poursuit à Gien sans difficulté majeure. Député du Tiers Etat et représentant de la ville, Antoine Thomas de Gerissay est ensuite inscrit parmi les membres des Etats Généraux, sans toutefois siéger à l'assemblée lors de leur réunion à Paris en 1789. Il apparaît maire de Gien en 1791-1792, puis président du tribunal de 1ère instance de la ville sous le Premier Empire.

Dans l’intervalle, Antoine Thomas, ancien procureur du grenier à sel de Gien, décède pour sa part en 1792. Figurent sur l’acte de décès des membres de la famille Thomas résidant à Gien et Orléans mais aussi, malgré la Révolution, le président et les juges du tribunal local. Enfin le petit-fils, Charles de Boulen, occupe à son tour les fonctions de maire ou d’adjoint de la ville, où il est encore mentionné en 1830-1831.

Les valeurs ajoutées

En définitive, symbole d’une forme intime de radicalité protestataire, la marquise s’avère en son temps ambassadrice de deux idées fondamentales : la liberté de penser et celle des sentiments. De fait, dans un premier temps, au travers de ses élites, la ville apparaît comme un foyer de tolérance et se distingue par sa capacité à respecter des idées mais aussi des manières d'agir contraires aux normes collectives toujours en vigueur. 

A Gien, la leçon est donc reçue et contribue au rayonnement culturel et économique de la cité. En effet, bénéficiant de l'esprit d'ouverture de ses dirigeants, la ville passe ensuite au stade de l’innovation artistique, en s’illustrant par le centre manufacturier que l’on connaît. Et dès lors, sur la céramique de Gien, figurent le patronyme de « Geoffroy » et celui « de Boulen », dont les ancêtres ont fréquenté la célèbre marquise de Monnier.

E. PRACA

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ELEMENTS DE GENEALOGIE

Aïeul - Antoine Thomas (v. 1711-1792) x Marie Suzanne de Chazeray

Fils - Antoine Thomas de Gerissay (v. 1743-1812) x Louise Streing (v. 1750-1827)

Petit-fils - Charles Thomas de Boulen (1786-1851) x Charlotte Henriette de Noyrat (1793-1884).

POUR EN SAVOIR PLUS

Sur Wikipedia et en lien : Sophie de Monnier

Sur Geneanet et en lien : Généalogie de la famille Thomas – Paradoxalement, cette généalogie s’inscrit dans le cadre de celle d’Eugène Barbier, représentant du patronat dynamitier.