Papeterie de PALALDA - Histoire générale

 

Papeterie de Palalda - Pyrénées-Orientales

 

Au début du XXe siècle, l’activité papetière se développe dans les Pyrénées-Orientales avec la création d’une nouvelle papeterie située à Palalda dans la vallée du Tech, à proximité de la commune d’Amélie-les-Bains. Cette fabrique de papier fin complète la gamme des entreprises papetières existant à Perpignan et notamment celles consacrées au façonnage des papiers à cigarettes. L’intérêt de cette nouvelle entreprise réside également dans la composition de son conseil d’administration, au sein duquel figure une famille patronale notoirement connue dans le département : celle des Chefdebien et alliés.

Formation de la SA des Papeteries du Roussillon - 1910

En 1928, un article de promotion économique rappelle, de manière classique, l’importance et la qualité de l’environnement hydraulique justifiant le choix du site industriel de la papeterie :

« En 1910, quelques notabilités industrielles de la région, à l'esprit novateur, furent séduites par la pureté des eaux de montagne du Tech et par la possibilité d'installer sur son cours une force hydraulique importante. Ces conditions, particulièrement favorables à la bonne marche d'une fabrique de papiers fins, les décidèrent à entreprendre la construction de l'usine. Les travaux furent rapidement poussés, et, dès 1912, la machine livrait ses premières feuilles de papier ».

Plus précisément, la création de cette usine est liée à la fondation d’une société anonyme au capital 700 000 francs, initialement dénommée Société Anonyme des Papeteries du Roussillon. Celle-ci a pour objet « la fabrication de papiers de toute nature, et de préférence, en sortes minces, l’achat et la revente des marchandises et généralement, toutes opérations se rattachant à l’exercice de cette industrie ». Constituée pour une durée de 40 ans, la société fixe son siège 76 Avenue de la Gare à Perpignan.

Aussi, selon le même article, « Lorsque, partant de Céret, on remonte l'étroite vallée du Tech, ce n'est pas sans étonnement qu'on découvre, près de la station thermale d'Amélie-les-Bains, une usine aux immeubles importants, d'où s'élève jour et nuit le bourdonnement d'une ruche au travail. Ces bâtiments sont ceux des Papeteries du Roussillon, spécialisées dans la fabrication du papier à cigarettes » (1).

Les apports à la SA des Papeteries du Roussillon

Dans le détail, les principaux artisans de la société anonyme sont au nombre de quatre : Victor Thénaut, ingénieur des Arts et Métiers, Jean Soulié, ingénieur papetier, Aimé Chambert, chef de fabrication, ainsi que Michel de Pous, propriétaire foncier. Ceux-ci apportent tout d’abord à la société « le bénéfice d’un bail avec promesse de vente, consenti par M. de Pous à la Société en formation, d’un terrain et de bâtiments industriels sis au terroir de Palalda ; terrains et bâtiments qui ne seront définitivement disponibles que dans quelques mois après évacuation des locaux » S’y ajoute une promesse de vente immédiate d’un terrain et de locaux également préexistants.

Outre cette assise foncière et immobilière, formant l’emprise de la future usine, Michel de Pous apporte également à la nouvelle société le bénéfice d’une concession d’eau, autorisée sur le canal de Maureillas ( non du canal ? à vérifier) par arrêté préfectoral du 26 mars 1905, l’aménagement du canal d’amenée d’une chute d’eau d’environ 300 HP, et les terrains nécessaires à l’aménagement des canaux d’amenée et de fuite.

Les ingénieurs fondateurs apportent par ailleurs les autorisations administratives nécessaires à l’établissement de la papeterie, les plans et devis des constructions, aménagement des canaux, études et installations des machines et du matériel industriel. Jean Soulié et Aimé Chambert s’engagent à prendre la direction technique de la fabrication du papier dans les usines de la société pour une durée minimale de 10 ans, à faire bénéficier cette dernière de leurs relations commerciales et à renoncer de prendre dans le même temps des intérêts dans toute autre affaire de papeterie.

Ces divers apports se traduisent par l’attribution d’actions aux fondateurs de la société. Sur les 1400 actions de 500 francs chacune formant le capital social, 240 actions sont attribuées aux quatre fondateurs en représentation de leurs apports. La moitié de ce nombre, soit 120 actions, reviennent à Michel de Pous et 40 actions à chacun des autres associés. Chacun d’eux reçoit en outre douze parts de fondateur.

Au terme de ces attributions, 1160 actions demeurent souscrites contre espèces, disponibles à Perpignan au Comptoir N.E.P. ou à la Banque Vve Auriol et ses Fils, l’une des plus anciennes banques d’affaires du département. Enfin, le premier conseil d’administration comprend parmi ses membres Victor Thénaut ainsi qu’un autre souscripteur, ayant tous deux participé aux études préliminaires, « afin de pouvoir mieux suivre l’exécution des points qu’ils ont élaborés » (2).

Esquisse biographique des fondateurs

Les principaux fondateurs sont donc des ingénieurs ou des entrepreneurs locaux. Jean Soulié, ingénieur papetier, est initialement ingénieur des Arts et Métiers, issu de l’école d’Aix en Provence, promotion 1896. « Directeur de papeteries en retraite », il réside au terme de sa carrière dans le département du Var, à Cavalaire sur Mer.

Victor Thénaut, également ingénieur des Arts et Métiers, est issu de l’école d’ingénieurs de Cluny, promotion 1892. Il est encore mentionné dans les années 1930 comme ingénieur domicilié à Perpignan, puis localisé dans les années 1950 à Alger. Celui-ci joue par ailleurs un rôle dans une autre entreprise « Thénaut, Eschler et Cie, ing. Arts et Métiers » mentionnée dans la marque déposée des Plâtrières du Roussillon : plâtres, chaux hydraulique et ciments, et dont l’entreprise est également située à Amélie-les-Bains.

Enfin, les liens de parenté unissent Michel de Pous, principal fondateur rémunéré pour son apport, à la lignée de Chefdebien. Actionnaire du journal royaliste Le Roussillon, dont la société a été fondée au début du XXe siècle, il est l’époux d’Henriette de Balanda, cousine de René de Chefdebien, industriel à Perpignan.

Pour mémoire, René de Chefdebien, est le fils du baron Fernand de Chefdebien, promoteur d’une briqueterie implantée dans le quartier de Maillolles, à Perpignan et d’une fabrique de produits chimiques, à base de cuivre et du talc extrait de Mosset près de Prades. L’ensemble, dont les activités perpignanaises se sont étendues à la réparation de wagons-foudres, est connu sous le nom d’Usines de Prades et de Maillolles. Chef du parti légitimiste dans les Pyrénées-Orientales, le baron de Chefdebien fut par ailleurs l’un des principaux dirigeants du mouvement royaliste dans ce département (3).

René de Chefdebien, président de la SA des Papeteries du Roussillon


Fontaine de Vaucluse - Papeterie

 

Ingénieur centralien né en 1877, René de Chefdebien est en particulier mentionné dans l’entre deux guerres, époque où la société papetière de Palalda est réorganisée. Dirigeant dans le même temps la société des Usines de Prades et de Mailloles à Perpignan (4), il apparaît en effet comme président de la SA des Papeteries du Roussillon.

Selon L’Illustration économique et financière : «  (…) le développement de la Société date surtout de l’après-guerre. Réorganisée en 1919 avec l’appui financier des Papeteries Prioux, qui lui apportèrent leur puissant organisme de vente, et sous l’active impulsion de M. R. de Chefdebien, président du Conseil d’administration et de M. M. Baschet, administrateur délégué, elle connaît alors une période de pleine prospérité ».

En 1924, selon l’historique de la société et de nouveaux statuts imprimés, les Papeteries du Roussillon fusionnent ensuite avec la Papeterie Fontaine du Vaucluse, au superbe patrimoine, pour devenir les « Papeteries Réunies du Roussillon et du Valdor » (5), intégrées au groupe Prioux.

En 1928 au plan local, L’Illustration économique et financière indique : « l'entreprise ne devait pas tromper les espérances de ses créateurs. Sa situation est en effet privilégiée ; située à proximité de la rivière où elle puise sa force et l'eau si nécessaire à sa fabrication, ses relations directes avec les ports de Bordeaux, de Port-Vendres et de Marseille facilitent l'exportation de ses produits ».

Papeteries Réunies du Roussillon et du Valdor, puis Arjowiggins

En 1932, la société au capital de 3,5 millions de francs a toujours pour objet la fabrication des papiers de toute nature, et de préférence « en sortes minces », l’achat et la revente des marchandises et généralement toutes opérations se rattachant à cet objet social. Le siège est situé 5 bis rue du Louvre à Paris. En 1939, René de Chefdebien devient également président de la SHER, Société Hydro-Electrique Roussillonnaise, fonction qu’il occupe encore en 1946 (6).

Durant la Seconde Guerre Mondiale, la papeterie continue de fonctionner, fabriquant surtout des papiers pelure mais aussi buvard et velin, en une période de pénurie de matières premières. Après guerre et la disparition de cette production, l’entreprise de Palalda intègre désormais « la machine la plus performante d’Europe pour la fabrication du papier à cigarettes » puis en 1968, les « Papeteries Réunies du Roussillon et du Valdor »  fusionnent avec la société Arjomari pour donner « Arjomari Prioux », comptant huit usines en France.

Enfin sous l’effet de la concurrence mondiale et suivant la réorganisation des marchés, l’usine de Palalda diversifie sa production. A la suite de la fusion entre Arjomari-Prioux et Wiggins Teape Appleton, donnant Arjowiggins, elle se lance désormais dans la fabrication de papiers médicaux et hospitaliers, dont elle devient leader mondial (7).

Résumé

En résumé, la fondation de la papeterie de Palalda résulte d’une évaluation circonstanciée des potentialités locales et relève d’un secteur d’activité préalablement connu dans le département : l’industrie des papiers minces, d’envergure internationale. Son patronat originel est représenté par la famille de Chefdebien, figurant également à la tête d’autres entreprises. Joignant ce secteur d’activité à l’arborescence de ses autres productions, celle-ci concentre entre de mêmes mains une partie du pouvoir patronal et à ce titre, occupe un rôle que nous avions déjà repéré comme essentiel, dans l’histoire industrielle des Pyrénées-Orientales (8).

E. PRACA

 

NOTES

1 - Sources du paragraphe : statuts de la SA des Papeteries du Roussillon et l’Illustration économique et financière, n° spécial Pyrénées-Orientales, 1928, article « SA des Papeteries du Roussillon », p.66-67.

2 - Statuts de la SA des Papeteries du Roussillon, op. cit., col. part.

3 - PRACA E., Les établissements de Chefdebien à Perpignan. Une entreprise dans l’industrie civile. 1877-1939, mémoire de maîtrise, université de Perpignan, 1994.

4 - Etude de Me Montès, not. à Perpignan, statuts SA des Usines de Prades et de Mailloles au capital de 3 000 000 francs. Siège social 2 rue de la Paix à Perpignan.

5 – Société Nouvelle du Valdor, au capital de 12 millions de francs, siégeant 96 bis bd Haussmann à Paris. Fabrique de papiers à cigarettes. Fondée en 1924 par la Société Financière Française et Coloniale pour la reprise du fond de commerce de la Société des Papeteries Valdor. Absorbée par la Société des Papeteries du Roussillon.

6 - ADPO 124W646. René de Chefdebien, ingénieur civil, devient administrateur de la SHER en remplacement de Jules Robert décédé en 1938.

7 - Fin 1988, la société, au capital de 165 920 000 euros, comprend 38 sites de production répartis dans le monde. L’effectif de l’usine de Palalda est de 300 personnes. 75% de la production est destinée à l’exportation.

8 - Entretien avec M. de Chefdebien, Mas Maillole, 17 allée Bacchus à Perpignan, le 6 avril 1993.