Domaine de Cobazet et chemin de fer Decauville - Mosset - 1906

 

Domaine Cobazet - Propriété Chefdebien

Domaine de Cobazet - Propriété Chefdebien

 

En 1883 dans les Pyrénées-Orientales, le baron Fernand de Chefdebien s’est rendu acquéreur d’un vaste domaine foncier connu sous le nom de Montagne de Mosset, formé d’un ensemble de 1851 ha de pacages, bois, forêts de pins, sapins et hêtres, chemins d’exploitation et carrière dite du Caillau. Cet espace dépendant de la commune de Mosset comprend en particulier le domaine forestier de Cobazet (1536 m d’altitude) ainsi que la carrière de talc du Caillau (1645 m). Mêlé au sulfate de cuivre, le talc du Caillau constitue la base d’une poudre cuprique destinée au traitement des maladies du vignoble et dont la fabrication intervient à Prades, dans une usine fondée par le baron.

Contrat d'exploitation du domaine de Cobazet

Le 10 décembre 1906 est établi un contrat de location entre le baron de Chefdebien et la société Pelet et Cie, siégeant à Ria, localité proche de Prades. Spécialisée dans l’exploitation des forêts, la société procède dès lors à l’exploitation du domaine de Cobazet  en effectuant la transformation des divers bois en matériaux de charpente, menuiserie, poteaux de mine etc., dans une scierie hydraulique située à l’ancienne forge haute de Mosset. Le contrat porte également sur le transport du talc depuis les carrières du Caillau et un inventaire dressé en 1907 décrit l’équipement, agricole et ferroviaire, du domaine de Cobazet.

Disposant d’une fortune personnelle, le baron de Chefdebien est en effet le promoteur d’une voie ferrée et d’un train de wagonnets circulant sur plusieurs kilomètres dans la montagne de Mosset, servant au transport du talc en blocs. A l’origine, le talc est descendu des carrières du Caillau par voie Decauville sur un parcours de 17 kilomètres jusqu’à une station de montagne dénommée « Estardé », puis transporté par charrette sur un chemin carrossable pour rejoindre l’usine de Prades située en fond de vallée de la Tet. Une gare intermédiaire est établie à Cobazet. La suite de cet article est de décrire l’équipement, agricole et ferroviaire, du domaine de Cobazet, à partir de l'inventaire dressé en 1907 et de la documentation citée.

Espace et matériel agricole de Cobazet

Au début du XXe siècle, le domaine de Cobazet pratique l’élevage des moutons ainsi que le traînage du bois par bœufs. Par le contrat de 1906, la société Pelet et Cie y devient locataire de deux remises, trois greniers, un hangar, des prairies et un champ, exception faite d’une maison d’habitation réservée au baron. Plus précisément, la location concerne deux remises neuve et vieille surmontées d’un grenier, un grenier supplémentaire situé à la maison d’habitation, un hangar, une cuisine ouvrière faisant partie de la même maison.

Les remises

Dans le détail, pourvue d’une mangeoire surmontée d’un râtelier de 36 mètres de long scellé au mur, la remise neuve comprend deux charrettes à bœufs, des câbles en chanvre, deux jougs complets pour équiper les charrettes, ainsi que six tavelles (rondins en fer pour en faire le tour). S’y ajoutent des jougs de trait pour tirer le bois et pour le labour, des attaches et des chaînes en fer (accoubladous) pour les bœufs attelés par paire. Elle comprend enfin plusieurs socs de charrue usagés, deux charrues en bois montées au complet, un brancard à fumier et un « bigos » (outil pour enlever le fumier), un falot d’écurie, un coffre à avoine et un crible.

Moins vaste que la précédente, la « remise vieille » compte une mangeoire surmontée d’un ratelier de 8,40 mètres de long, deux échelles de maçon de 7 m de hauteur, six chaînes, deux « routadous » et une tarière pour le traînage du bois par les bœufs. Elle abrite également le fumier « de 270 bêtes à laine produit pendant une saison normale, campagne écoulée ».

Les greniers et hangar

Les greniers renferment pour leur part le foin, la paille et l’avoine destinés aux animaux domestiques. Celui de la remise neuve compte 140 mètres cubes de foin, une presse à fourrage prête à fonctionner, un crochet arrache-foin et cinquante-huit poteaux en bois. Celui de la remise vieille comprend un ventilateur à grain, une batteuse avec manège, une caisse en bois « pour abri du berger » et 2000 kilos de paille. Enfin, dans la maison d’habitation figurent neuf caisses à avoine dans lesquelles sont répartis 1158 litres de céréale ; le grenier compte également onze fourches à 3 ou 4 branches, huit râteaux à foin en bois, des cordes en chanvre pour guider le labour, trois paires de « jouilles » en cuir (pour joug), des sangles en chanvre pour ferrer les bœufs, un double décalitre en bois.

Le hangar loué à la société comprend enfin deux « charretons », ainsi que huit mètres de canal en bois pour arroser des prés. La location inclut en effet 13 ha de prairies en état de fauchage qui ont été fumées en 1906, ainsi qu’un champ de 9 ha dont la moitié a également été fumée et labourée. La cuisine ouvrière n'est pas inventoriée.

Gare de Cobazet, matériel roulant Decauville et outillage

Le hangar de la gare

Louée à Pelet et Cie, la gare de Cobazet est un hangar ouvert sur une longueur d’environ huit mètres recouvrant les voies Decauville. Elle comprend une machine à vapeur mi-fixe dont la dernière épreuve effectuée par le service des mines date du 9 juin 1896, une cheminée en tôle de 3 mètres de hauteur et un manomètre. Elle abrite également deux machines à percer, l’une fixe et l’autre mobile avec villebrequin, le tablier d’une machine à scier, des lames de scie circulaire, une clef à fourche pour le serrage, un tablier d’affûtage pour les scies, des courroies de transmission et une meule en grès posée sur tréteau.

L’outillage en état de service se compose d’une enclume et d’un étau tournant pourvu de son établi et tiroir, de nombreux marteaux : « un marteau à frapper devant, une grosse maillette, deux marteaux à main, deux rivoirs à tête carrée et ronde, un marteau à ferratier ». S’y ajoutent une tranche, un poinçon cloutier, sept paires de tenailles, des clés et mèches diverses, une grande équerre, un compas, une plane, des goupilles et boulons de formes et dimensions variées.

Le matériel d’entretien ferroviaire se compose de burettes à graisser d’un litre et demi, de boîtes pour recueillir l’huile des wagons, d’« estagnons » de 5 litres, d’une comporte et d’un seau, d’un villebrequin, d’un fût plein contenant 210 litres d’huile, d’un banc de menuisier avec son équipement, d’une boîte renfermant divers outils à ferrer, de quatre bancs en rondins, de cent kilos de briquettes de houille, d’une douzaine d’essieux en bon état, d’autres usagés, enfin de deux brouettes en bois.

Le local des wagonnets

Le local des wagonnets contient deux wagons de voyageurs – on sait que le baron fait visiter le site au moyen de ces wagonnets – ainsi qu’un « palonnier de bricole et chaîne » destiné aux animaux de trait. Les outils pour la voie consistent en un gabarit, une « pioche à bourrer », une pince à crampons, marteau et clé à fourche, cinq trains n°878, 880, 885, 889 et 918 en bon état de fonctionnement, un truc et une cage à ferrer les bœufs. Dans le sens de la descente, le train de wagonnets est en effet convoyé par un conducteur chargé de la délicate question du freinage au bas du plan incliné, après un dénivelé de plusieurs centaines de mètres. Le convoi remonte ensuite à vide tiré par des bœufs jusqu’à la station de départ.

A Cobazet, les outils de la voie se composent enfin de 5000 traverses demi-rondes, de tiges avec écrous neufs de rechange pour les divers trains. La voie elle-même, d’un écartement de 0,60 m, apparaît en bon état « de la carrière du haut à Estardé » situé à 1213 m d’altitude. Ainsi s’achève l’inventaire inédit signé le 25 juin 1907 par Emilien Pelet et le baron de Chefdebien, illustrant l’exploitation à la fois pastorale et industrielle de la montagne de Mosset.

Edwige Praca

 

Sources : archives privées

« Inventaire provisoire des locaux et matériel agricole de Cobazet, arrêté suivant la lettre de M. de Chefdebien du 10 Mai 1907 », 8 pages.

« Inventaire général des locaux, propriétés, provisions, outillage, matériel et accessoires, établi conformément à l’article 12 du traité du 10 décembre 1906 », 25 juin 1907, 6 pages manuscrites.

Rubrique « Transport du Talc » in « Usines de Prades et de Maillole. Compte-rendu de l’Exercice 1915 », p.4.

Bibliographie

PRACA Edwige, « Les établissements de Chefdebien à Prades (1884-1940), premiers jalons pour une histoire industrielle », revue Conflent n°186, 187, 188, Prades, 1993-1994.

PRACA Edwige, Contribution à l’histoire de l’industrie minière et métallurgique dans les Pyrénées-Orientales, 1803-1939, DEA, Montpellier III, 1998.