Vente du moulin den Biscaye à Mosset en 1891 : les enjeux

 

En 1891 a lieu la vente d’un moulin à farine à Mosset, dit Moulin den Biscaye. L’intérêt de l’acte notarié réside dans l’analyse que fait le notaire de la diminution de la clientèle des moulins en cette fin du XIXe siècle. A Mosset, cette diminution est attribuée à la création de la nouvelle route allant du chef-lieu (Prades) au village. Facilitant les communications, celle-ci est empruntée par des commissionnaires qui apportent désormais à la localité le pain nécessaire à sa consommation. L’essor des voies de communications favorise donc l’émergence d’une société de consommation, dans laquelle la disparition de la clientèle des moulins anticipe celle du patrimoine minotier.

Origines et vente du moulin à farine den Biscaye

A l’origine, le 24 août 1867, ce moulin avait été adjugé à Angéline de Massia au tribunal civil de Prades pour la somme de 6500 francs, et provenait de la succession de Joseph Biscaye, meunier à farine de son vivant, décédé le 19 août 1865 à Mosset. Celui-ci était lui-même successeur de son père décédé depuis plus de 40 ans.

Fin mars 1891, Angéline Saleta, épouse d’Edouard de Massia, vend à Paul Gotanègre, meunier à farine de Mosset, le moulin connu sous le nom de Mouli den Biscaye. Ce moulin hydraulique est un moulin à farine moulant à deux meules situé à Mosset, grange et grenier à foin, scierie et terre cultivable d’environ 4 ares. Il est attenant à la propriété de François Biscaye, à un ravin situé de chaque côté et aux biens de l’acquéreur.

Le prix de vente est fixé à 4000 francs dont 1500 francs d’acompte, le solde étant à verser un an plus tard. En 1891, le prix de vente du moulin hydraulique est donc inférieur à celui de son acquisition sous le Second Empire.

Evaluation du revenu industriel

Selon l’acte notarié, la propriété comprend la bâtisse du moulin proprement dite, avec deux paires de meules au rez-de-chaussée. Dans le détail, la valeur qui lui est attribuée est de 2700 francs y compris le mécanisme des meules. Le grenier à foin attenant est évalué à 500 francs, la scierie avec son mécanisme à 400 francs, les 3 parcelles de terres formant 4 ares à 400 francs, le tout formant une somme de 4000 francs. Surtout, le notaire exprime son point de vue et pronostique un avenir sombre aux moulins de Mosset :

« Autrefois, la commune de Mosset manquait de communication, était obligée de se suffire à elle-même en récoltant le blé et chaque habitant avait recours aux moulins pour fournir aux ménages la farine et le pain ; aujourd’hui au contraire les communications sont faciles et directes, grâce à une belle route qui conduit à Prades, chef-lieu de canton. Plusieurs commissionnaires apportent tous les jours à la commune le pain qui lui est nécessaire pour sa consommation, ce qui diminue de plus en plus la clientèle des moulins… ». Aussi, ajoute le notaire, la valeur industrielle présente peut être portée à la somme de 4000 francs « sans tenir compte d’éventualités défavorables » qu’il pressent néanmoins.

Mutations économiques et sociales

En définitive, cet acte notarié confirme la disparition d’une société pratiquant l’autosuffisance au profit d’une société de consommation. Il sous-tend la réorganisation des espaces de production agricole et du secteur de la meunerie. Enfin, il souligne l’existence d’une nouvelle organisation sociale de ce secteur, au sein duquel le commissionnaire occupe une place croissante. L’amélioration des conditions de circulation multiplie en effet le nombre des intermédiaires, chargés de l’acheminement et la commercialisation des produits.

En 1891, la vente du moulin de Mosset, appartenant à une famille d’ancienne noblesse, illustre cette nouvelle tendance économique. Il en est de même du discours du notaire Louis Roca, lui-même issu d’une ancienne famille de la noblesse roussillonnaise. Ainsi les élites locales, depuis longtemps rompues à la gestion des affaires, appréhendent-elles les nouveaux enjeux de ce monde en mutation, dans lequel elles interviennent dès lors pour déterminer une nouvelle orientation de leurs profits.  

    Edwige PRACA

 

SOURCES

ADPO 3E55/181, Me Louis Roca, notaire à Prades, acte n°3417 du 31-3-1891.