CAMIS & Cie - IMPRIMERIE des ARTS INDUSTRIELS

 

 

Formé à l'imagerie populaire, Emile Camis (1859-1919) devient un important imprimeur d'affiches publicitaires au cours de la Belle Epoque. L'état civil et les ressources mises en ligne par les bibliothèques permettent de retracer son parcours professionnel. L'objet de cet article est donc d'identifier la succession de ses imprimeries parisiennes, témoignant de l'essor de son activité. A la confluence des commandes de fabricants, de la production artistique et des avancées techniques de l'imprimerie, cet essor illustre celui des Arts Industriels, de la fin des années 1870 à la fin de la Première Guerre Mondiale.

Les premiers temps commerciaux

Fils de voyageur de commerce, Emile Victor Camis est né le 6 janvier 1859 à Bruxelles, de parents également originaires de Belgique (1), ensuite installés à Paris (2). Si l'on ignore où il a suivi ses études de dessin et de lithographie, l'imprimerie Camis est fondée à Paris en 1878, selon un dépliant ultérieur célébrant son cinquantenaire (3). De cette même année datent les premières productions connues du dessinateur, relevant de l'imagerie pieuse et populaire. Relatant la mort du pape Pie IX, deux de ses estampes vivement colorisées sont en effet éditées par la maison Olivier-Pinot, imprimeur éditeur à Epinal, et conservées localement (4).

C'est toutefois à Paris qu'est dissoute en février 1882 la société Besançon et Camis, première entreprise connue du dessinateur, ayant pour objet les "dessins et impressions lithographiques". Celle-ci était localisée 2 rue des Arquebusiers, également adresse personnelle d'Emile Camis (5). Quelques années plus tard, en 1888, Emile Victor Camis figure dans l'Almanach du Commerce avec mention des activités suivantes : "dessin et imprimerie, lithographies, affiches noir, couleurs et transparentes". Deux adresses voisines sont alors citées : 58 rue Saint Sabin et 6 et 8 Allée Verte, dans le 11e arrondissement de la capitale (6).

Une décennie d'affiches célèbres

De fait, en 1889 est imprimée rue Saint Sabin la première des affiches célèbres de la maison Camis, représentant le petit ramoneur tenant à la main un livret de papier à cigarettes (7). Cette commande émane de Pierre Bardou-Job industriel à Perpignan, pour son industrie du papier à cigarettes de marque Job (8). Dans la catégorie de l'imagerie enfantine, cette oeuvre de Firmin Bouisset est ensuite suivie de celle de la petite fille nattée, imprimée chez Camis en 1891 et destinée cette fois à la promotion du chocolat Menier (9). Cette même année, l'imprimerie est désormais localisée dans des locaux plus vastes et mieux situés, au 59 boulevard Richard Lenoir (10). 

Plus largement, dans cette période d'expansion, l'imprimerie draine un nombre croissant d'artistes. De la fin du XIXe siècle au début du XXe siècle, les affiches célèbres sortant de ses presses sont listées, entre autres, par le Musée Carnavalet : "Job (Bouisset), Feuillante (Guillaume), Absinthe Terminus, Luchon (Mucha), Chocolat Menier (Bouisset), Absinthe Cusenier (Tamagno), Yvette Guilbert (Bac), Cirage Végétal (Guillaume), Kina Cadet, etc..." (11). Dans l'intervalle, en février 1896, a été formée la société en commandite par actions Camis & Cie, fondée pour une durée d'un peu plus de dix-sept ans (12). Editeur-imprimeur d'art, industriel, Emile Camis est naturalisé français en 1899 (13).

L'Imprimerie des Arts Industriels

Liée à la formation de sa société en commandite, l’imprimerie a déménagé en 1897 au 172 quai de Jemmapes, le long du canal Saint Martin. Au plan technique, sous la vaste verrière éclairant ses travaux, celle-ci se présente alors comme un « grand établissement industriel », abritant « les plus grandes machines du monde » (14). L’adaptation à un marché nécessitant de forts investissements s’accompagne toutefois d’un déséquilibre financier croissant et en 1900, la société Camis et Cie est déclarée en faillite. Un jugement exécutoire rappelle ses principaux secteurs d’activités : « impression lithographique et typographique », et « impressions chromolithographiques et chromotypographiques ». Son fonds de commerce est alors mis en vente (15).

Cette situation s’avère toutefois temporaire : en 1905 et après concordat, est formée une nouvelle société, cette fois en commandite simple. Comme précédemment, celle-ci a pour objet l’exploitation d’un fonds de commerce d’imprimerie et de lithographie. Emile Camis y apporte son fonds de commerce d’imprimerie lithographique cette fois expressément dénommé « Imprimerie des Arts Industriels » estimé à 100 000 francs, ses connaissances personnelles estimées à la moitié de cette somme, et 25 000 francs en espèces. Cette même année 1905, l’imprimerie est désormais transférée au 59 bd de Strasbourg, et l’entreprise se redresse rapidement (16). Elle est encore citée en 1919 à la même adresse, cette année étant celle du décès de son fondateur (17).

Une production à grande échelle

En résumé, actif au cours de la Belle Epoque, Emile Camis figure comme l’un des principaux promoteurs de l’affiche imprimée, dont la production marque les véritables débuts de la publicité. Sa réussite repose sur le tirage en série de plusieurs milliers d’affiches, soumis à une organisation en trois volets.

La production requiert tout d’abord un nombre choisi d’artistes transitant par l’imprimerie, dont les contrats individualisés sont modulés selon les besoins. La fabrication repose ensuite sur une amélioration des techniques d’impression, de nouvelles machines permettant dès lors une augmentation spectaculaire des formats proposés. La diffusion s’appuie enfin sur la location d’une multitude d’espaces publicitaires, réservés à Paris pour les affiches issues de l’imprimerie.

La notoriété fait alors d’Emile Camis un personnage public à la réussite visible, soumise au regard attentif de ses contemporains. Signe de l’élan insufflé par son promoteur, deux générations se succèdent en définitive à la tête de l’entreprise. Issu du mariage en 1883 d'Emile Camis (1859-1919) avec Marie Louise Roumanille (1864-1925), Robert Camis fils (1885-1959) prend en effet le relais de son père. De fait, dans l’entre-deux guerres s’affirment désormais la communication et la consommation de masse, selon un modèle économique et culturel dont l’imprimerie apparaît le vecteur.

Edwige PRACA

 

DOCUMENT

Notice

Machines lithographiques

"La plus grande machine lithographique connue a été construite en 1898 par la maison Marinoni, pour le compte de l'imprimerie Camis et Cie. Cette machine est destinée à recevoir des pierres de 1m65 sur 2m50, c'est-à-dire pouvant imprimer des feuilles du format octuple soleil.

Le socle de cette presse géante pèse 7000 kilos; le chariot, sans la platine, 5000 kilos; le cylindre 3200 kilos. Quant à son développement, il est, pour la largeur de 4m70 et pour la longueur de 9m20."

Extrait de E. Desormes et Adrien Basile,

Polylexique méthodique,

tome 1, 1897-1899, p.189

(Gallica)

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NOTES

1 - Mention naissance in acte de mariage, Archives de Paris, 11e, Vue 176/1010, acte 330.

2 - Sur leur présence à Paris, cf. article "Camis & Cie - Imprimerie - Repères culturels".

3 - Page de garde de dépliant , cf. Internet, intitulée : 1879-1928. En filial et pieux hommage aux Fondateurs de la Maison Camis & Cie à l'occasion de son Cinquantenaire, avec portraits.

4 - Site JOCONDE : estampe, image pieuse "Mort de NS le pape Pie IX" par Camis E. dessinateur, et Olivier-Pinot, imprimeur éditeur à Epinal, dépôt légal 1878.

5 - Dissolution à partir du 8-2-1882 in Archives commerciales de la France, 23-2-1882, p.403 et adresse identique in acte mariage Emile Camis en 1883, sur Gallica.

6 - Almanach Annuaire du Commerce, 1888, ligne d'annonce Camis E.V., sur Gallica.

7 - Liste des affiches Camis par le Musée Carnavalet, avec datation, cf. Internet.

8 - Sur Pierre Bardou-Job et l'industrie du papier à cigarettes de marque JOB, cf. nos divers articles. Pierre Bardou-Job décède à Perpignan en 1892.

9 - Liste des affiches par le Musée Carnavalet, op.cit.

10 -

11 - Liste des affiches, par le Musée Carnavalet, op.cit.

12 -Journal des Papetiers en gros et en détail du 1-4-1896, Formation de la Société en commandite par actions Camis & Cie, acte du 19-2-1896.

13 - Bulletin des Lois, 29-7-1899, décret présidentiel n° 57.128.

14 - Affiches publicitaires pour la Maison Camis & Cie et Marius VACHON, Les arts et les industries du papier en France 1871-1894, 1894.

15 - Archives commerciales de la France, 11-7-1900 : mention du jugement du 6 juin 1900 précisant le jugement déclaratif de la faillite daté du 11 mai 1900.

16 - Mention de la formation de cette société in Bulletin général de la Papeterie, 11-1905, p. 126 et détails complémentaires in Journal des faillites, 1917, cf. Gallica.

17 - AD Paris, 10e, 10D378, vue 26/31, acte 2355 : décès Emile Camis le 14-4-1919.

POUR EN SAVOIR PLUS

Le format octuple soleil est : 8 x (60 cm x 80 cm)

ETAT CIVIL

Généalogie Emile CAMIS en lien :

https://gw.geneanet.org/perpraca3_w?n=camis&oc=0&p=emile+victor&type=fiche

CHRONOLOGIE des IMPRIMERIES CAMIS à PARIS

1878 : Fondation de l'imprimerie d'Emile CAMIS.

1882 : Dissolution de la société Besançon et Camis, 2 rue des Arquebusiers - "dessins et impressions lithographiques".

1883 : Emile Camis mentionné dessinateur à cette même adresse.

1888-1890 : Imprimerie CAMIS, 58 rue Saint Sabin - "dessin et imprimerie, lithographies, affiches noir, couleurs et transparentes".

1891-1896 : Imprimerie CAMIS, 59 bd Richard Lenoir

1896-après 1900 : Imprimerie CAMIS, 172 quai Jemmapes, abritant "les plus grandes machines du monde".

1905-1919 : Imprimerie des Arts Industriels, 59 bd de Strasbourg.

1939 : l'Imprimerie des Arts Industriels existe toujours à la même adresse.