PHOTOGRAPHIE – Le TRIOMPHE de L’IMAGE

 

 

Après avoir célébré Nadar et Atget, Maurice Chauvet poursuit ses considérations sur l’art photographique. Dans une autre partie de son article daté de 1935, il évoque la supériorité de la photographie sur la littérature et sur la peinture, sources de subjectivité, voire de déformation du réel. Selon lui, cette supériorité tient au caractère fondamentalement objectif de cet art, caractère lié à une technique rigoureuse et contraignante. Expression de la réalité, la photographie n’exclut toutefois pas une interprétation sensible des sujets abordés.

En outre et paradoxalement, l’essor de la photographie est lié à l’invention du cinéma. Sous son influence, la photographie fixe en effet et décompose l’art du mouvement. Le reportage photographique naît dès lors de la succession d’instantanés, dont le choix des thématiques apparaît illimité. Le cinéma influe également sur le cadrage des œuvres et en libère les perspectives. Démultipliant l'appréhension du réel, les nouveaux jeux de lumière, gros plans et compositions architectoniques nourrissent ainsi un art photographique devenu universel dont la suprématie est désormais avérée.

E. PRACA

 

DOCUMENT - 1935

La naissance d’un art : la Photographie

Suite 2

 

« Ce serait entreprendre une étude passionnante mais qui sortirait du cadre qui m’est assigné ici, que d’essayer de rechercher les causes de l’évolution photographique et les raisons de ce triomphe de l’image qui est certainement le fait le plus caractéristique des temps actuels. La photographie n’est qu’un aboutissement, une « somme » des tendances esthétiques d’une civilisation réaliste (ce qui ne veut pas forcément dire matérialiste) qui a repris directement conscience du monde en prétendant sinon se passer, du moins réduire à de justes proportions l’intervention du « vatès », de l’inspiré individuel, qu’il soit poète, écrivain ou peintre.

La photo, comme le cinéma, réalise le désir forcené de préhension du monde extérieur que chacun porte en soi, mais au lieu que le résultat de cette possession ne soit qu’une œuvre individuelle, comme dans la littérature, au lieu que la personnalité de l’interprète déforme cette vision au point de la rendre méconnaissable, la supériorité de la photo est sa valeur universelle, fonction de son objectivité (ce n’est pas pour rien que l’organe principal d’un appareil photographique s’appelle un objectif).  

Remarquez que cette objectivité, ce détachement du « moi », cette absence de l’ombre de l’auteur sur le paysage ne veut pas dire que la photo interdit toute vision personnelle. Bien au contraire, et c’est là le miracle, le photographe moderne nous donne une interprétation propre d’un sujet mais il nous la donne dans les limites de la matière qu’il photographie et en utilisant seulement des procédés techniques (éclairage, angle de prise de vue, flous, oppositions…) qui sont loin d’offrir les facilités déformantes de la rhétorique ou de la ductilité du pinceau.

Parmi les très nombreuses causes du triomphe de l’image, l’influence du cinéma doit être retenue au tout premier rang. C’est incontestablement le cinéma qui a apporté aux photographes la notion de mouvement. A la conception ancienne de la photo statique, privée de vie et comme figée, il a substitué le dynamisme. La photographie d’instantanés (reportage, sports, etc…) découle directement de son esthétique.

C’est le cinéma qui a révélé à la photo toutes les ressources de la lumière artificielle. Eclairages indirects, jours frisants, clairs-obscurs, photos nocturnes, effets de rayons, etc…, tout cela c’est le travail des studios cinématographiques.

C’est aussi le cinéma qui a prouvé toute la valeur psychologique du gros plan. Masques humains, objets, détails, remplissaient l’écran, énormes, monstrueux, écrasant le spectateur et, dans leur outrance, prouvaient par l’absurde que la photo pouvait se passer de cadres et que le visage de l’homme était une chose formidable.

La vie silencieuse des choses, des objets familiers, n’est-ce pas aussi le cinéma qui l’a portée sur le plan de la poésie ? Et l’angle de prise de vue ? n’est-ce point les intrépides chasseurs d’images de « Paramount » ou de « Fox » qui ont montré comment parlait un « building » (de bas en haut), l’élan lyrique des arches d’un pont, l’écrasante masse locomotive, la vertigineuse giration d’une roue d’automobile « avalant » la route ou les hallucinants sauts d’obstacles d’une course de chevaux, photographiée en « rase-mottes ». (…)

Maurice CHAUVET

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BIBLIOGRAPHIE

CHAUVET Maurice, "La naissance d'un art : La Photographie", in annuaire Perpignan adresses, 3e année [1935].

POUR EN SAVOIR PLUS

Début de l'article de Maurice CHAUVET en lien :

Maurice CHAUVET - Naissance d'un ART : la PHOTOGRAPHIE

Suite 1 de l'article de Maurice CHAUVET, en lien:

NADAR et ATGET - De vrais PHOTOGRAPHES

Fin de l'article de Maurice CHAUVET, en lien :

La Photographie - Un message HUMANISTE