Généalogie de l’acteur PIERRE JOURDAN (1907-1993)

 

La généalogie de l’acteur Pierre Jourdan avait initialement pour objet de faire la part des nombreux homonymes concernant le patronyme Jourdan. A terme, cette généalogie établie à propos d’une seule branche familiale met surtout en lumière une histoire franco-anglaise riche en événements, dont les protagonistes sont successivement médecin, négociants en champagne et acteur.

Cette histoire débute sur le pourtour méditerranéen et se poursuit en Ile de France. Le réseau familial de cette branche Jourdan s’étend toutefois en Angleterre et en Italie, par alliance notamment avec les familles Welby et consorts. Leurs activités économiques contribuent à l’ancrage de la famille dans le haut commerce parisien et à son cosmopolitisme culturel. La carrière de l’acteur Pierre Jourdan résulte de cette ascension sociale et familiale, en contact également avec les milieux artistiques.

 

1ère génération 

Pierre Marius Jourdan et Joanna Welby

Mariage à Ancône en 1837

 

Occupation d'Ancône en 1832

 

Pierre Marius Jourdan (1790-1864) 

L’histoire de cette famille Jourdan aux nombreux homonymes débute de fait sur le pourtour méditerranéen. Pierre Marius Jourdan (1790-1864) est né le 3 juillet 1790 à Fréjus, dans le Var. Issu d’une famille de négociants et de juristes, il est fils d’Esprit Joseph Jourdan, propriétaire et marchand de bois et de Catherine Roustan. Le 10 septembre 1813, il entre à l’armée d’Italie en qualité de chirurgien aide-major et fait partie du corps d’occupation d’Ancône en 1813-1814. Il est ensuite affecté à divers hôpitaux militaires en France et en Corse.

Après une nouvelle occupation d’Ancône par les troupes françaises à compter de février 1832, Pierre Marius Jourdan est à nouveau affecté dans cette ville le 22 juillet 1835. Le 31 octobre 1836, il est élevé au grade de chevalier de la Légion d’honneur comme médecin en chef du corps d’occupation, médecin ordinaire de l’hôpital local. Cette nomination doit être mise en relation avec l’épidémie de choléra qui sévit alors dans la ville en 1836 et qui, indirectement, est à l’origine de son mariage.

Joanna Welby, épouse Jourdan (1815-1895)

A Ancône,  Pierre Marius Jourdan épouse en effet Joanna Welby (1815-1895), fille de l’homme de loi, propriétaire et voyageur anglais, Adlard Welby (1776-1861). L’existence de ce dernier retient l’attention par deux aspects : d’une part les relations de voyages que celui-ci a notamment effectués en Europe de 1832 à 1856, et d’autre part le nombre élevé de ses enfants. Celui-ci est en effet père de 19 enfants dont sept de son épouse légitime Elizabeth Welby née Hall, fille d’un homme de loi, et douze de la compagne de ses voyages, Mary Hutchinson.

 

Adlard Welby - 1776-1861

 

Née le 5 juillet 1815 à Grantham (Angleterre), Joanna Welby est ainsi le onzième enfant de cette vaste fratrie, légitime ou non, et dont les naissances s’échelonnent de 1804 à 1829. Elle est plus précisément le quatrième enfant d’Adlard Welby et Mary Hutchinson, sur les douze enfants nés du couple, dont plusieurs s’installent en Italie. Tel est ainsi le cas de Lydia Susan, fille aînée de Welby qui, de fait, vit en Italie et décède du choléra à Ancône en 1836.

A ses côtés est alors présente sa sœur Joanna qui, pour sa part, survit au choléra et épouse le médecin militaire, Pierre Marius Jourdan, le 1er mars 1837. L’évacuation d’Ancône par les troupes françaises intervient ensuite en octobre 1838, et le couple quitte l’Italie pour rejoindre la France, où il vit le plus souvent à Toulouse et éventuellement à Paris. Cette union s’accompagne toutefois d’une relative itinérance : du couple sont en effet issus quatre enfants, dont Emile Honoré Jourdan, né à Alger le 20 juin 1840. 

 

2e génération 

Emile Honoré Jourdan et Ellen Thérésa Froom

Mariage à Etiolles en 1866

 

Emile Honoré Jourdan (1840-ap. 1900)

En définitive, la conquête napoléonienne, les politiques européennes et  les pérégrinations anglaises au temps du romantisme sont à l’origine de la descendance Jourdan, désormais élargie à la France, à l’Angleterre et à l’Italie. Née à Ancône en 1846, Emma Jourdan, fille de Pierre Marius, épouse de fait son cousin Alfredo Salvadori-Welby et demeure en Italie tandis que ses frères résident en France : Paul Marius Jourdan, né en 1842, y est employé aux chemins de fer, tandis que son frère aîné, Emile Honoré, y épouse à son tour une Anglaise.

Le 28 août 1866, Emile Honoré Jourdan épouse en effet Ellen Thérésa Froom, d’origine anglaise et demeurant à Londres. Le mariage se déroule dans la commune d’Etiolles où est domiciliée sa mère, alors propriétaire et désormais veuve de Pierre Marius Jourdan. Située au sud de Paris et partiellement viticole, cette commune rurale apparaît attractive. Pour mémoire et sans lien familial apparent, c’est à Soisy-sous-Etiolles que Jean-Baptiste Jourdan, maréchal d’Empire, avait en son temps acquis diverses propriétés foncières et immobilières.

En tout état de cause et surtout, l’ascension professionnelle d’Emile Honoré Jourdan s’inscrit dans le cadre d’un essor conjoint de la viticulture et du transport ferroviaire. Au sein d’un espace devenu concurrentiel, Emile Jourdan apparaît en effet comme représentant de commerce, et surtout agent de la maison de champagne Mumm à Paris. C’est à lui que revient l’idée de décorer les bouteilles de champagne du ruban de la Légion d’honneur, idée brevetée en « Cordon rouge » en 1876, puis transformée en étiquette à large bande rouge en 1883.

Ellen Thérésa Froom (1845-ap. 1900)

De fait, au sein du secteur viticole, Emile Jourdan occupe une position privilégiée. Son mariage avec Ellen Froom, fille de William Jacob Froom, employé de commerce londonien, vient conforter les aspirations commerciales et notamment les projets d’exportation vers l’Angleterre de la production française. Les relations de parenté avec la famille Welby, désormais largement répandue en Europe et jusqu’aux Etats-Unis, confortent également l’essor économique du champagne français.

Le patronyme Welby est par ailleurs maintenu au sein de la famille : du mariage entre Emile Jourdan et Ellen Froom est en effet issu un fils, Alexandre Welby Jourdan, né à Paris le 9 octobre 1875, plus généralement connu sous l’abréviation de « Welby Jourdan ». Décédée pour sa part en 1895 à l’âge de 80 ans, Joanna Welby, aïeule de la famille, contribue également à la longévité du patronyme anglais.

 

3e génération

Alexandre Welby Jourdan et Ellen Aline Tremlett

Mariage en 1900 

 

 

   

 

        

      A gauche : Alexandre Welby Jourdan 
    A ses côtés : Léon Barthou, frère du ministre Louis Barthou.

 

 

 

 

 

 

 

 

Alexandre Welby Jourdan (1875-v. 1969)

Fils de l’agent général de la maison Mumm, devenu lui-même agent commercial, Alexandre Welby Jourdan respecte à son tour la tradition familiale. Celui-ci épouse en effet, le 12 novembre 1900, Ellen Aline Tremlett, d’origine anglaise, fille d’un chemisier de la capitale. Scellant l’union, à la fois financière et imaginaire, entre consommation de champagne et identité vestimentaire, ce mariage réunit alors « un nombre considérable de notabilités du haut commerce parisien ».

Au tournant du XXe siècle, cet évènement souligne également le rôle de la presse dans l’ascension sociale de la lignée. Les témoins du marié sont en effet Frédéric Woltner, important négociant en champagnes et vins fins, et Jules Roques, directeur du Courrier français. Hebdomadaire à succès mêlant culture, illustration, distraction et publicité, le Courrier français est l’un des vecteurs de la notoriété des personnalités, politiques ou non, de la Belle Epoque.

Prenant appui sur cet essor de la presse, Welby Jourdan accentue dès lors son image médiatique. Participant volontiers à la vie mondaine et publique, sportif pratiquant le vol en ballon, connu des photographes et des publicistes, son nom est associé à la consommation du champagne en toutes occasions. La littérature oenologique conserve dans la longue durée la mémoire du négociant, promoteur d’un certain art de vivre au masculin : de fait, Welby Jourdan décède à la fin des années 1960, à l’âge de 94 ans.

Ellen Aline Tremlett (1878-?)

 

Née à Asnières le 19 décembre 1878, Ellen Aline Tremlett, épouse Jourdan, est la fille d’Aline Lafon et du chemisier Washington Tremlett, né à Bristol en 1846, et la petite-fille des défunts Georges Washington Tremlett (1796-1851) et Elisabeth Young. Figurant parmi les principales chemiseries de la capitale, la maison de commerce « Washington Tremlett » est située 244 rue de Rivoli à Paris. De fait, de nombreux Anglais installés dans la capitale y exercent alors les métiers de tailleurs, chemisiers, bottiers, parfumeurs et pharmaciens.

La guerre de 1914-1918 conduit ensuite à une concentration des activités. Après le décès de Washington en 1923, la maison Tremlett est transformée en S.A. Tremlett, au capital de 1,1 M. de francs, dont le siège est fixé rue Auber à Paris, rue « anglaise » par réputation. Malgré son divorce, Welby Jourdan devient l’un des administrateurs de la société, spécialisée dans la « chemiserie, bonneterie, chapellerie, cravates et gants ». Aux vêtements et accessoires de luxe, cannes, parapluies, chapeaux melon, s’ajoute en dernier lieu une série de parfums et cosmétiques. 

Dans le même temps, contribuant à façonner une image idéale de l’homme civilisé, le grand négoce de luxe entretient des rapports intéressés, à la fois utilitaires et esthétiques, avec les milieux artistiques. Ponctuellement irrévérencieux et illustré des meilleures plumes de son temps, le Courrier français en est un exemple, traitant dans le même temps de littérature, beaux-arts, théâtre, médecine et finance. C’est à cet aspect à la fois festif et culturel qu’est en définitive sensible Pierre Jourdan, fils cosmopolite d’Alexandre Welby Jourdan et d’Ellen Tremlett.

 

4e génération

Pierre Jourdan, acteur (1907-1993)

 

Pierre Jourdan - Acteur - 1907-1993

 

Né le 5 juin 1907, Pierre René Jourdan voit le jour à Courbevoie, près de Paris, important axe de communications pour le transport des marchandises. Descendant de la lignée à la quatrième génération, celui-ci est le fils d’Alexandre Welby Jourdan, représentant de commerce alors âgé de 31 ans et d’Ellen Aline Tremlett, âgée de 28 ans. Bien que sa formation littéraire ne soit pas connue, Pierre Jourdan est à tout le moins petit-fils de Washington Tremlett et d’Aline Lafon, elle-même fille d’un professeur d’écriture.

En tout état de cause, Pierre Jourdan figure comme jeune acteur du Théâtre des Arts à Paris avant 1934. A cette période, la crise des années 1930 l’engage à quitter le théâtre sédentaire au profit de tournées qu’il décide de mener hors des frontières. C’est ainsi que Gil Roland, en provenance de l’Odéon, et Pierre Jourdan, en provenance du Théâtre des Arts, effectuent un véritable tour du monde théâtral, accompli de 1934 à 1937. Présentant un programme de sketches, poèmes et comédies joué à deux personnages, leur spectacle itinérant est intitulé « Deux heures à Paris ».

La presse coloniale et francophone se fait l’écho de ce périple lointain, qui fait l’objet de critiques élogieuses. Un récit d’une pleine page, intitulé « Nous avons fait un beau voyage » clôture cette tournée mondiale. A leur retour, ce succès universel, à la fois financier et artistique, rencontré notamment à New-York, leur ouvre les portes de la célébrité et de la scène parisienne. Initialement acteurs de théâtre, Gil Roland et Pierre Jourdan deviennent également acteurs de cinéma et à compter de l’avant-guerre, sont mentionnés et assez souvent associés dans la filmographie.

Conclusion imaginaire

En définitive, aussi brève soit-elle, la généalogie Jourdan présente une surprenante suite de personnalités issues des échanges à la fois conflictuels, commerciaux et culturels de la vieille Europe. En termes d’imaginaire, Welby Jourdan constitue un prototype sinon un archétype de « Chapeau melon et bottes de cuir », ultérieurement modernisé en « James Bond ». Cet art de la mise en scène corporelle, joint à l’amour transgénérationnel des voyages, fut peut-être à l’origine de la carrière d’acteur de Pierre Jourdan, dernier descendant cité d'une lignée trop brièvement évoquée. 

E. PRACA

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Pour en savoir plus

Généalogie de l'acteur Pierre JOURDAN en lien : http://gw.geneanet.org/perpraca_w?n=jourdan&oc=0&p=pierre+rene&type=fiche