Les AUMOITTE - Graveurs à Paris - 1ère génération

 

Isidore AUMOITTE (1797-1846) est le fondateur

de la future boutique STERN

L’objet de cet article est de présenter la première génération de la famille Aumoitte, qui a donné divers graveurs à Paris au XIXe siècle. Le point de départ en est Jacques Aumoitte né vers 1759 dans l’actuel département de l’Orne et décédé à Versailles en 1842. Jacques Aumoitte fut porteur de chaises à la Cour puis marchand de vaches et sa descendance offre dès lors une curieuse partition entre marchands de bestiaux et graveurs, sans altération toutefois du lien familial entre ses membres. Parmi les descendants de Jacques Aumoitte, ceux qui embrassent le métier de graveur quittent le berceau familial pour Paris, ville capitale qui devient dès lors leur lieu d’exercice et le centre d’activité où s’épanouit leur art.

Jacques Aumoitte  et ses fils

A l’origine de la lignée Aumoitte sont provisoirement répertoriés trois frères, nés dans les années 1750 à Lignou dans le département de l’Orne et venus s’installer à Versailles. Deux d’entre eux sont répertoriés comme porteurs de chaises à la Cour fin des années 1780, l’un d’entre eux étant Jacques Aumoitte précité, ensuite devenu marchand de vaches. Il est possible que son changement d’activité soit imputable à la Révolution, mais le lieu de son domicile demeure toujours Versailles, malgré les changements de régime politique.

De son mariage avec Marie Prudence Haudancourt sont ainsi connus quatre fils, tous nés à Versailles. Deux d’entre eux y deviennent respectivement marchand de vin et marchand de veaux, tandis que deux autres deviennent graveurs à Paris. Le premier fils connu est Jacques Gabriel Aumoitte (1786-1866), domicilié 12 rue de Montreuil à Versailles, partageant son domicile avec son père. Mentionné comme marchand de vin et voiturier, époux d’une fille de propriétaire, ouvrière en robes à Versailles, il décède pour sa part à Etampes à l’âge de 80 ans.

Antoine Prudence Aumoitte - 1787-1870

Le second fils est Antoine Prudence Aumoitte (1787-1870), tout d’abord mentionné comme bijoutier à Paris (mention 1812) puis comme graveur sur métaux, métier qu’il exerce au moins jusqu’en 1849. Dès 1843 il est en outre répertorié comme rentier à Ris-Orangis puis à Savigny-sur-Orge, où il décède à l’âge de 83 ans. On ne connaît pas la formation de ce premier graveur de la famille, mais en définitive, celui-ci exerce son art durant plusieurs décennies, son adresse la plus connue étant le 14 rue des Pastourelles. En 1849, toujours mentionné graveur à Paris, il est âgé de 61 ans et domicilié rue St Martin. Enfin, Antoine Prudence Aumoitte s’est marié quatre fois, mais seule la descendance issue de son second mariage présente un intérêt professionnel.

Troisième personnage de la lignée, Armand Joseph Aumoitte (1789-1840) reproduit l’activité paternelle : il est pour sa part garçon boucher puis marchand de veaux à Versailles. Egalement marié à une ouvrière en robes, il est domicilié rue de Montreuil à Versailles, à proximité ou à l'adresse de ses père et frère aîné.

Isidore Joseph Aumoitte - 1797-1846


Ouverture de la boutique Passage des Panoramas 

Annonce du 1-2-1835

Enfin, dernier fils répertorié de la famille, Isidore Joseph Aumoitte (1797-1846), également né à Versailles, devient pour sa part graveur sur métaux à Paris (mention 1813). Il suit ainsi les traces de son frère Antoine Prudence dont il est le cadet d’une décennie. Marié à une épouse originaire de Meurthe et Moselle, premier graveur de la famille décédé à Paris (à l’âge de 49 ans), il est en outre celui ayant laissé quelques traces supplémentaires d’information.  

Ainsi, en 1844, Isidore Aumoitte acquiert une maison située 34 rue du Cherche Midi au prix de 30.000 F auquel s’ajoutent 4000 francs de rente viagère destinée aux anciens propriétaires, qui y conservent la jouissance de leurs appartements. Cette maison demeure dans la famille Aumoitte jusqu’en 1907 et l’un de ses locataires en est Théodore Richomme, grand prix de Rome, graveur et membre de l’Institut, qui y décède en 1849. Ce détail constitue probablement un indice du réseau relationnel et culturel dans lequel s’inscrivent les Aumoitte.

Pour sa part,  Isidore Aumoitte ne décède pas rue du Cherche Midi mais au 8 rue de l’Echelle en 1846. Cette adresse figure déjà dans une annonce commerciale du 1er février 1835, mentionnant un « Aumoitte » dont l’atelier est situé 8 rue de l’Echelle et la boutique, passage des Panoramas à Paris : Isidore Aumoitte est donc bien le fondateur de la boutique de gravure désormais bien connue. Cette boutique est ensuite mentionnée en 1842 puis en 1845 par le Moniteur de la Mode, le graveur cité y étant alors, non pas Isidore Aumoitte mais Gustave Aumoitte.

Le méconnu : Gustave Aumoitte

On dispose actuellement de peu d’éléments concernant Gustave Aumoitte : il pourrait s’agir de Gabriel Gustave Aumoitte (v.1813-1880), né à Versailles, courtier en imprimerie, décédé à Paris 16e à l’âge de 67 ans sans autre précision. En tout état de cause,  selon son acte de décès, il est le neveu d'Armand Aumoitte déjà mentionné. Si sa filiation reste à préciser, les indices convergents vers Versailles et le « riche magasin » du passage des Panoramas le rattachent donc à la dynastie précitée, plus précisément à sa seconde génération.

Enfin, les années 1840 marquent la consécration de la boutique du célèbre passage. Gustave Aumoitte y est devenu « le graveur à la mode » et y grave des « boutons de livrée avec écussons, armoiries et devises ». S’y ajoute le commerce de cartes « d’un goût tout à fait aristocratique », de cachets et de plumes à écrire qui sont de « véritables bijoux, en raison de leur manche en opale, ou en pierre précieuse incrustée d’or ou d’argent ».

La boutique du passage des Panoramas a donc conquis une clientèle de luxe et, malgré des lacunes documentaires que l’on espère temporaires, cette décennie 1840 marque l’essor de la famille Aumoitte, un essor qui se confirme sous le Second Empire. Plus justement, par cet exemple, se profile une activité bipartite de la capitale, remarquablement illustrée par une famille à la fois citadine et rurale, simultanément composée de graveurs parisiens et de « nourrisseurs de bestiaux » versaillais. Un seul regret à cette redécouverte : l'absence d'oeuvre à présenter, réalisée par ces premiers graveurs.

Conclusion

En dernier lieu et pour s'en tenir aux graveurs de la première génération, dans l'Almanach du Commerce de Paris, année 1837, le graveur sur métaux référencé sous le nom de "Aumoitte aîné", 14 rue des Pastourelles, est donc bien Antoine Prudence Aumoitte. Celui référencé comme le graveur sur métaux "Aumoitte cadet", 8 rue de l'Echelle et 12 passage des Variétés, est logiquement son frère cadet, Isidore Joseph, d'après cette brève mais utile recherche d'état-civil.

E. PRACA
 

POUR EN SAVOIR PLUS

Généalogie Jacques Aumoitte (v. 1759-1842) : https://gw.geneanet.org/perpraca_w?lang=fr&n=aumoitte&nz=combemale&oc=0&ocz=0&p=jacques&pz=bernard&type=fiche

Généalogie Jacques Gabriel Aumoitte (1786-1866) : https://gw.geneanet.org/perpraca_w?lang=fr&pz=bernard&nz=combemale&ocz=0&p=jacques+gabriel&n=aumoitte&type=fiche

Généalogie Antoine Prudence Aumoitte (1787-1870) : https://gw.geneanet.org/perpraca_w?lang=fr&pz=bernard&nz=combemale&ocz=0&p=antoine+prudence&n=aumoitte&type=fiche

Généalogie Armand Joseph Aumoitte (1789-1840) : https://gw.geneanet.org/perpraca_w?lang=fr&pz=bernard&nz=combemale&ocz=0&p=armand+joseph&n=aumoitte&type=fiche

Généalogie Isidore Joseph Aumoitte (1797-1846) : https://gw.geneanet.org/perpraca_w?lang=fr&pz=bernard&nz=combemale&ocz=0&p=isidore+joseph&n=aumoitte&type=fiche

Généalogie Gabriel Gustave Aumoitte (v.1813-1880) : https://gw.geneanet.org/perpraca_w?lang=fr&n=aumoitte&nz=combemale&oc=0&ocz=0&p=gabriel+gustave&pz=bernard&type=fiche

SOURCES

Sur la maison rue du Cherche Midi : ouvrage La rue du Cherche Midi et ses habitants...

Sur l'annonce d'ouverture de la boutique Passage des Panoramas : L'indépendant : ci-devant la Semaine, 1-2-1835 sur Gallica

Sur Gustave Aumoitte et la boutique en 1842 : Bulletin des lois, partie supplémentaire, tome 20, n°548 à 579.

Sur la boutique en 1845 : Le Moniteur de la Mode, 1845