OFFICE des MUSEES SCOLAIRES - Essai de définition


 

Imprimé publicitaire - 1912

Que signifie l’expression « Office des Musées Scolaires » ? Dans le vocabulaire du monde enseignant et selon un ancien dépliant publicitaire, l’Office des Musées Scolaires est un « Répertoire d’adresses d’industriels et sociétés offrant aux membres de l’Enseignement : des échantillons, affiches illustrées, articles de réclame divers pour la constitution d’un Musée scolaire et l’ornement des classes ». Or, sous ce vocable suranné se cache non seulement un instrument d’entraide pédagogique mais aussi une oeuvre complémentaire de l’enseignement public.

Un outil d’entraide pédagogique

L’Office des Musées Scolaires est donc tout d’abord un outil d’entraide pédagogique, établi par un enseignant à l'attention de ses collègues, dans le but de leur apporter une aide matérielle à la constitution d’un musée scolaire. Pour le cas qui nous intéresse, la définition de l’expression « Office des Musées Scolaires », figure au recto d’un petit imprimé publicitaire, destiné à la promotion d’un répertoire d’adresses établi par l’instituteur Léonce Carlier, enseignant du Nord de la France. Si nous n’avons pas connaissance matérielle de ce répertoire, sa promotion s’appuie sur ce feuillet publicitaire qui a été conservé.

Conçu sous forme de dépliant recto-verso, ce document publicitaire comporte plusieurs volets : une première moitié est consacrée à la définition précitée et mentionne le nom de son auteur, une autre moitié est réservée à quelques annonces commerciales : vente d’une machine à coudre d’occasion, vin d’un producteur de Vergèze dans le Gard, marques d’encres fabriquées par Jules Miette à Paris, réclame pour une publication intitulée « l’Art à l’Ecole et au Foyer ». Il fait ainsi le lien avec les fabricants et maisons de commerce favorisant cette œuvre.

Enfin l’intérieur de ce dépliant apparaît non moins intéressant. Celui-ci contient en effet une liste de témoignages de satisfaction exprimés par des enseignants quant à l’utilité du répertoire et à la bonne réception de leurs commandes : « Je vous remercie bien sincèrement de vos adresses ; les envois que j’ai reçus sont superbes » ; « J’ai vu les collections que vous avez fait obtenir à un collègue et vous prie de me compter au nombre de vos adhérents » ; « Je suis très content de l’Office des Musées scolaires…et mes élèves également. Que de choses nous avons reçues ! ».

Un organe de la presse pédagogique

 Office des Musées Scolaires - Définition

De la lecture de ce document, plusieurs interrogations surgissent. Tout d’abord, et selon une définition classique, le musée scolaire répond au modèle de la leçon de choses de l’enseignant, auquel il fournit un support pédagogique et concret. En amont de son installation, le répertoire apparaît donc comme un organe particulier de la presse pédagogique, une courroie de transmission vers un réseau extérieur de fournisseurs ou de donateurs d’articles nécessaires à sa constitution.

Se pose dès lors la question de l’homogénéité des collections présentées ou au contraire celle de leur diversité. Hormis une hypothétique réserve d'exclusivité, rien ne semble en effet interdire à un enseignant volontaire d’établir son propre répertoire, auquel ses relations souscrivent ensuite par adhésion. Sur cette base s’établit ensuite l’homogénéité ou la singularité des musées scolaires. Autrement dit, il pourrait aussi bien exister des collections de ces répertoires que des collections de musées scolaires, même si les initiatives semblent peu nombreuses.

De fait, sur quels critères s’établit un « Office des Musées scolaires » et quelle en est la production imprimée ? Le tirage moyen doit être de 200 exemplaires, mais la question des critères, encore irrésolue, mérite d’être posée. Elle conduit en effet à celle du modèle pédagogique sur lequel s’appuie l’enseignant, et à l’interaction ou non, entre ce modèle idéologique et le contenu du répertoire. D’où l’intérêt à accorder à cette production spécifique, dont un relevé systématique reste à effectuer.

Diffusion et portée du répertoire


Panneau à base d'échantillons

En outre, la question de la production imprimée d’Offices des Musées Scolaires apparaît non négligeable, dans la mesure où « la présence dans chaque école d’un musée scolaire répond à la volonté républicaine de diffusion démocratique des savoirs ». En l’occurrence, quelle a été la diffusion et la portée du répertoire de Léonce Carlier ? La question reste posée. En tout état de cause, le support publicitaire destiné à sa promotion a été retrouvé à l’intérieur d’un ouvrage publié en 1912 par Louis Conill, instituteur des Pyrénées-Orientales. Cette découverte témoigne à minima de la circulation de ce document sur l’axe nord-sud de la France. L'auteur du répertoire correspondait également avec les colonies.

Les remerciements promotionnels figurant dans ce feuillet émanent pour leur part d’un ensemble d'une douzaine d’enseignants nommés et localisés, dont certains ont constitué un musée scolaire et dont on constate qu’ils sont en poste dans de petites communes de province. L'Office des musées scolaires apparaît donc bien comme un instrument régulateur de la diffusion des savoirs, auxiliaire à l’ouverture et à l’approvisionnement des musées. Mais au-delà de sa production imprimée, celui-ci peut également être constitué en véritable section pédagogique.

Une oeuvre de l'enseignement public

En effet, l’Office des Musées Scolaires se définit non seulement comme un organe de presse spécialisé mais aussi comme une œuvre complémentaire de l’enseignement public. Les exemples référencés à ce sujet sont peu nombreux mais ils existent. Ainsi à Bagnères de Bigorre, un office des musées scolaires est ouvert comme section d’une Société bigourdane d'entraide pédagogique. Cette section a pour but « de procéder à la recherche, à l’acquisition et à la répartition des produits, appareils et échantillons destinés aux musées scolaires ». Elle est ouverte en même temps qu'une section d'études pédagogiques et régionales, un office des bibliothèques scolaires et un office des projections lumineuses, témoignant ainsi d'une seconde acception du terme.

Dans le même temps et cette fois en Charente, une société de coopération pédagogique cite également l’Office des Musées Scolaires comme une institution indispensable, au même titre que la bibliothèque, les coopératives scolaires, la société scolaire de secours mutuels, la cinémathèque, les œuvres péri-scolaires et les conférences pédagogiques. Cette référence date des années 1925-1930 : elle témoigne donc d’une réel intérêt pour cette institution pourtant méconnue du public et dont l’histoire appelle en conséquence et plus largement,  de nouveaux éclaircissements.

E. PRACA