SEIGNEURIE de CORBERE - Notes éparses

 

Un petit fascicule manuscrit et anonyme relève, en sept dates principales, les droits de propriété de la seigneurie et du château de Corbère de 1271 à 1673. Ce bref document, qui fait l’objet de la transcription ci-dessous, mentionne notamment les droits de justice seigneuriale, les droits essentiels sur l’eau, la transmission de la seigneurie par les héritiers d’Oms et de Llupia à la veuve de Joseph de Caramany. A noter : seule la date de 1673 est postérieure au rattachement du Roussillon à la France (1659). Les dates antérieures s’inscrivent dans l’histoire de la Catalogne.

 


 

La propriété prolongée du château entre les mains d'une même famille (d'Oms-de Llupia) en a permis une relative bonne conservation.

 

DOCUMENT ANONYME

SEIGNEURIE DE CORBERE

 

6 décembre 1271

« Acte par lequel l'infant Don Jacques 1er fils (puîné) du Roi Don Jacques (1er dit le conquérant) et institué héritier du nouveau royaume de Majorque, donne et concède à Guillaume vicomte de Castellnou, et à ses successeurs, pour détenir à titre de fiefs sous la  suzeraineté de la couronne, la justice civile et criminelle, haute et basse (mesum et mixtum  imperium) dans les paroisses suivantes, savoir : Ponteilla, St Feliu davall, St Feliu damont, Camelas, Corbera, Font couverte, Caixas, Montoriol d’en haut, idem d’en bas, Ste-Colombe de las Illas, Prunet, Serrafit, Teulis, Croanques, plus un château et territoire du Vila dépendant du château de Céret, en exceptant toutefois la haute justice, ou la connaissance des crimes qui emportent la peine de mort ou l'amputation d'un membre, laquelle est réservée au Roi, plus à la paroisse de Casefabre le droit d'obliger les hommes à prendre les armes (ad  faciendum exercitus et cavalcatus) et à payer les censives, si ces droits vous appartiennent.

Cet acte fut reçu par le Secrétaire de l'Infant le 6 décembre 1271, à Perpignan et signé par l'Infant en présence des Sreurs Arnaud de Castellnou, maître de la milice du Temple en Aragon et en Catalogne, de l'abbé de St Feliu de Géronne, de l'abbé de Saint-Paul de Narbonne, et autres.

11 décembre 1303

Concession et donation par Jaspert vicomte de Castellnou à Pierre Raymondi (Pierre fils de Raymond) seigneur du château de Corbère, pour le tenir à titre de fief relevant dudit vicomte, de la justice civile dans le dit château et son territoire, et aussi de la justice criminelle, mais seulement pour la connaissance des délits qui entraîneraient la peine de la fustigation ou autres inférieures, réservant à la cour du vicomte les causes dépendantes du mesum et mixtum  imperium, savoir celles qui comportent la mort civile ou naturelle, la suppression d'un membre, l'effusion de sang, la déportation, l'exil et la marque au fer chaud.

Cet acte fut reçu par Barrachi, notaire de Perelade, le 11 décembre 1303, en présence de Armangaud de Llupia, Pierre de Saragosa, Raymond de Codalet, Béranger d'Olms et de St Marsal, tous chevaliers, et autres.

29 décembre 1430

Concession à Louis d’Oms du ruisseau de Corbère par rescrit royal donné à Dertusa (Tortose) le 29 décembre 1430, ensemble avec le droit d'établir des moulins, et de disposer des eaux en faveur de toutes communautés et particuliers, moyennant telle redevance et droits d'entrée qu’il avisera ; laditte concession faite sous une censive annuelle de 25 livres.

3 janvier 1437

Vente de la même censive à pacte de rachat par le même roi Alphonse V à Don Jacques d'Oms pour le prix de 300 florins d'or, par un second rescrit donné à Castellamare (royaume de Naples) le 3 janvier 1437.

1609

…lesquels ruisseau [de Corbère] et droits inhérents appartiennent à la dame Françoise de Sacirera née Llupia, comme héritière de Don François de Llupia et d'Oms, son père, en force de son testament fait à Barcelone en 1609, auquel lesdits objets appartenaient par les titres de ses prédécesseurs.

1635

Reconnaissance extraite des registres du Domaine, faite en 1635 à Don Jean de Llupia et de Saragosa, procurateur royal du Domaine et des fiefs, par Don Joseph de Sacirera de Caldes, au nom de Françoise de Sacirera de Llupia son épouse, comme étant aux droits de Don Louis d'Oms, auquel le ruisseau de Corbère fut concédé par rescrit royal... le 29 décembre 1430.

[Généalogie complémentaire (1)

La terre de Corbère fit partie du fidéicommis institué en 1609 par Don François de Llupia et d'Oms, qui fit testament à cette date. Celui-ci avait épousé Hélène de Tamarit, d'où un fils Pierre de Llupia, mort sans postérité, et une fille Françoise de Llupia et de Tamarit. Cette dernière dut épouser en premières noces un Lanuça et en secondes noces Joseph de Sacirera et de Caldes. Des premières noces est issue Élisabeth de Lanuça (2), épouse de François de Sacirera de Llupia, héritière du fidéicommis de 1609 et qui vendit Corbère à M. de Caramany en 1673].

29 mai 1673

Deux actes d'échange reçus par Vilaroja notaire à Perpignan, le même jour 29 mai 1673, entre Don François de Sacirera et de Llupia agissant comme fondé de pouvoir de Elisabeth de Sacirera, son épouse, et de don Joseph de Sacirera et de Lanuça, son fils, d'une part

et Dona Thérèse de Caramany née de Junyent, veuve de Don Joseph de Caramany, colonel du régiment de Royal Roussillon et brigadier des armées du Roi très chrétien d'autre part.

Mme de Sacirera donne le lieu et le territoire de Corbère avec toutes ses dépendances et ses droits seigneuriaux, tant au territoire de Corbère qu'à celui de Bullfarich. Elle donne de plus la plus-value et le droit de racheter la terre de Monner engagée pour 22 000 fr.

Elle donne par le deuxième acte sus coté, le château avec la haute et basse justice de Corbère.

Mme de Caramany donne en échange trois métairies sises dans l’Ampourdan et 77 000 fr. de retour.

1674

Il appert du petit écrit imprimé à Barcelone en 1674 par les soins de Don Raymond d’Oms qu’à cette époque, la terre de Corbère ne faisait plus partie du patrimoine de cette maison ».

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NOTES

(1) Généalogie résumée, faisant la synthèse entre le corps du texte et quelques lignes volantes.

(2) Élisabeth devenue de Sacirera par le second mariage de sa mère, selon le document.

POUR EN SAVOIR PLUS

Jean TOSTI, "Deux villages une histoire : Corbera", revue D'Ille et d'ailleurs, n°12, octobre 1988.

ICONOGRAPHIE

Extrait de la revue précitée, page de couverture.